Sexo : parfois c’est lui qui dit non !

Claire Bouilhac

Pas ce soir, ma chérie, j’ai mal à la tête. Dite par notre homme, cette petite phrase sème chez nous un vent de panique. On se calme, lui aussi a le droit d’avoir des états d’âme.

Et si finalement, l’homme était une femme comme les autres ? Avec ses épisodes de migraine pour échapper aux retrouvailles sexuelles… L’idée ne fait pas immédiatement tilt en nous. Ne nous a-t-on pas toujours répété que le désir féminin était profondément complexe et fluctuant, tandis que celui de l’homme était mécanique et quasi animal ? Alors s’il n’a pas envie, il y a anguille sous roche… « Dans l’inconscient collectif, l’homme est censé avoir toujours envie, être toujours prêt, animé par un inextinguible désir. Quand il ne cadre pas avec cette image de machine sexuelle, sa compagne s’affole et élabore les pires scénarios », remarque Nathalie Giraud-Desforges, sexothérapeute et thérapeute de couple. Pas de panique, notre amoureux n’a pas forcément cessé de nous aimer ou une maîtresse qui l’épuise ! Plutôt que d’extrapoler, essayons de comprendre ce qui lui arrive et de nous adapter sa météo interne.

Il a peut-être peur de la panne
Rien de plus déstabilisant pour un homme, à partir d’un certain âge, que de ne plus pouvoir compter sur une érection aussi facile et solide qu’auparavant. Plutôt que d’avoir à supporter un échec, certains préfèrent pratiquer la politique de l’évitement. « L’être humain qui ressent de la peur a tendance à fuir. Si votre mari attend systématiquement que vous dormiez pour venir se coucher, ou au contraire se couche avant vous et s’endort aussitôt, ou encore s’il déclenche des conflits au moment du coucher afin de rendre tout rapprochement inenvisageable, ce sont autant d’indices qu’il redoute la confrontation sexuelle », observe la spécialiste.

Comment réagir ? Il s’agit de faire baisser la pression et de ne pas trop afficher nos attentes sexuelles. « J’ai envie de me blottir contre toi, juste pour faire des câlins. » Si notre homme sent qu’il ne passera pas obligatoirement à la casserole, il va se détendre et, qui sait, en oublier sa terreur de la panne ! « Quand une femme est suffisamment sûre d’elle, elle peut aussi prendre l’initiative de la relation sexuelle et stimuler l’érection par des caresses un peu appuyées. En avançant en âge, certains hommes ont besoin d’être touchés pour être excités et ils n’osent tout simplement pas le demander à leur partenaire », note Nathalie Giraud-Desforges.

Il a un petit coup de mou
Il n’y a pas que les femmes qui traversent des crises existentielles à certains moments clés de leur vie. Les hommes aussi ! « De nombreux sujets peuvent affecter un homme autour de la soixantaine, au point de grignoter son énergie et lui ôter toute libido. Le passage à la retraite, le fait de devenir grand-père, des parents vieillissants dont il faut s’occuper, un corps qui change et dans lequel il ne se reconnaît plus », explique la sexothérapeute. Et comme l’individu de sexe masculin a la fâcheuse habitude de ne parler de ses soucis à personne, son mal-être s’installe.

Comment réagir ? On déploie la stratégie antidépressive, on devient un booster d’envies et de bonne humeur ! « Votre rôle consiste, dans un premier temps, à tirer votre mari déprimé vers la vie. La libido suivra ensuite, par effet de contagion. Vous pouvez vous appuyer sur des activités qu’il affectionnait particulièrement jusque-là et lui proposer de les faire à deux. Concoctez-lui aussi des surprises : elles font naître l’intérêt, l’éveil et extirpent de la léthargie de la déprime », propose Nathalie Giraud-Desforges. Incitons-le également à se confier et s’alléger de son fardeau. Pour le débloquer, émettons des hypothèses : j’ai l’impression que tu ne t’épanouis pas dans ta vie de retraité.

Il cherche à nous dire quelque chose
Un homme qui fait la grève du sexe peut chercher à nous faire comprendre ce qu’il n’arrive pas à exprimer par des mots : notre relation ne se porte pas bien, on ne peut pas continuer ainsi à faire comme si de rien n’était. « En utilisant ce moyen de pression, il espère – plus ou moins consciemment d’ailleurs – faire bouger les lignes, provoquer une explication et en finir avec les non-dits étouffants », analyse la thérapeute.

Comment réagir ? Saisissons cette occasion pour percer l’abcès. Qu’est-ce qui ne fonctionne plus entre nous ? Qu’est-ce qui nous insupporte ou nous manque chez l’autre ? De quoi aurait-on besoin pour se retrouver ? « Il arrive que ce dialogue soit impossible, empêché par des reproches mutuels peu constructifs. Dans ce cas, on peut décider d’avoir recours à une thérapie de couple : « Chéri, je ne comprends pas ce qui nous arrive, je ne vois pas les solutions, et si nous allions demander de l’aide à un professionnel ? » », suggère Nathalie Giraud-Desforges. Notre couple vaut bien ce petit effort !

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