Sexo : chéri, prenons un rendez-vous coquin

Claire Bouilhac

Coiffeur, yoga, apéro avec les copines… Notre agenda déborde de rendez-vous. Pourquoi ne pas y ajouter un sex-date avec notre conjoint ? L’occasion de réveiller notre sexualité.

Planifier ses relations sexuelles, quelle drôle d’idée ! La sexualité n’est-elle pas par essence spontanée, ne doit-elle pas obéir au désir du moment, ne surtout pas se laisser phagocyter par une organisation rigide ? C’est ce qu’on aime croire… et qui nous amène souvent à ne plus faire l’amour, parce que notre emploi du temps est surbooké et que tout le reste passe avant les galipettes. « Si on déborde d’activités et de contraintes, comment réussir à percevoir en nous le désir qui pointe le bout de son nez ? Comment poser un regard amoureux et désirant sur notre conjoint ? Livrée à à son prétendu naturalisme, la sexualité a vite fait de s’étioler dans un couple, passés les premiers temps de la relation. Admettons une bonne fois pour toutes que comme tant d’autres activités, elle nécessite un minimum d’effort et d’organisation, même de volontarisme », propose Carlotta Munier, sexothérapeute*. Alors parions que la sexualité mérite d’être inscrite en lettres majuscules dans nos plannings.

Une jolie preuve d’amour
En effet, convenir ensemble et de manière formelle qu’on va dégager du temps pour faire l’amour est un acte symboliquement très fort. C’est se dire mutuellement : nous tenons à notre histoire et à notre intimité sexuelle, nous sommes prêts à nous impliquer et à faire tous les efforts nécessaires pour que ça fonctionne, nous ne lâcherons pas. « On est dans une démarche réfléchie et construite. Pas dans des automatismes un peu vides de sens qui souvent émaillent la vie de couple. Comme ces « je t’aime » lâchés par habitude à la fin d’une conversation téléphonique, sans grande conviction », analyse la sexothérapeute. « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », disait Cocteau. Nous y voilà : mieux vaut sans doute la planification sexuelle que de grandes déclarations faciles…

Une parole qui nous engage
Une fois ce rendez-vous inscrit dans notre agenda, il nous oblige. Si nous faisons partie de ceux qui accordent un prix à la parole donnée, nous ne pourrons nous résoudre à ne pas l’honorer. « C’est un cadre que nous nous posons à nous-mêmes et qui nous protège de certaines réactions égoïstes. Il nous incite à mettre nos individualités un moment entre parenthèses, au profit de l’entité couple », souligne Carlotta Munier. Voilà donc un petit aiguillon qui sera le bienvenu le jour J, quand d’autres perspectives s’offriront à nous, menaçant de faire une concurrence déloyale à la partie de jambes en l’air. Car il est souvent là le problème de fond : on a toujours autre chose à faire, de plus urgent, de plus important… « On se laisse d’autant plus facilement détourner de la sexualité dans les périodes où on ne sent pas armés pour se montrer à l’autre. Quand on ne se sent pas beaux, pas en forme, insuffisants. La parole donnée empêchera de se jeter sur le moindre prétexte », poursuit la spécialiste.

Laisser l’excitation monter…
D’ici à ce que l’heure du rendez-vous sonne, nous avons du temps devant nous pour nous y préparer. Comment allons-nous nous habiller, qu’allons-nous prévoir au programme avant de se retrouver au lit ? Et une fois au lit, que ferons-nous ? Je me sens prête à lui faire cette petite gâterie qu’il apprécie… Je lui ferai comprendre que j’ai bien envie de ça… Rien de tel qu’un événement sexuel programmé pour mettre en route la machine à fantasmes ! Souvent, elle tourne à vide tout simplement parce qu’aucune échéance précise ne vient la solliciter. « S’imaginer un scénario à l’avance provoque une érotisation interne, libère en nous des autorisations et des audaces, explique Carlotta Munier. Le moment venu, certains verrous ont déjà sauté en pensée et facilitent le passage à l’acte. Le corps et le cerveau sauront aussi se souvenir des émotions et sensations agréables surgies pendant les fantasmes et les réinvestir dans la réalité de l’acte sexuel. »

Envoyer le bon message

Certains éliront une fois pour toutes une soirée de la semaine. Le vendredi, c’est sexy ! Dîner en amoureux, tenues affriolantes et danse des sept voiles au dessert. « Le programme est fixé à l’avance, mais il n’en est pas moins excitant pour ceux qui ont besoin que des rituels rassurants scandent leur vie sexuelle », note la sexothérapeute. D’autres préfèreront se fixer des rendez-vous au coup par coup pour ne pas tomber dans une routine sclérosante. « Pour ces adeptes d’une certaine improvisation, il peut être judicieux de se fixer un nouveau rendez-vous dès que l’un se termine, suggère-t-elle. Cela évitera que les bonnes intentions se diluent dans la durée. » Certains aimeront prendre rendez-vous très en avance pour mieux laisser monter l’excitation et d’autres quelques heures avant seulement. « Pour ceux qui ont tendance à tomber dans les travers de l’anticipation négative, le rendez-vous de dernière minute est un bon choix. » De vive voix, par petits mots ou par SMS ? « L’important est de trouver un mode de communication qui diffère de celui utilisé au quotidien afin de frapper l’esprit de l’autre. » Évitons toutefois l’invitation sur un post-it si nous avons l’habitude d’en afficher partout…

* Auteure de Sexualité féminine : vers une intimité épanouie et Sexualité masculine : puissance et vulnérabilité, éd. Le Souffle d’Or.

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