Je n’ai (presque) jamais d’orgasme, et alors ?

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L’orgasme, on en entend beaucoup parler… mais on ne le rencontre pas si souvent ! Est-ce vraiment si grave ? On fait le point avec le Dr Philippe Brenot, psychiatre et thérapeute de couple.

Selon une enquête Ifop*, 49 % des Françaises admettent avoir « assez régulièrement » des difficultés à atteindre l’orgasme. Pour 5 % des femmes, la « petite mort » est même totalement inconnue – les médecins parlent d’« anorgasmie », un trouble sexuel répertorié.

Un rapport sexuel satisfaisant se conclut-il forcément par un orgasme ?
« Non », répond sans hésiter le Dr Philippe Brenot. « Il y a trente ans, on ne pouvait pas parler d’orgasme en public ; aujourd’hui, le mot est sur toutes les lèvres, affirme-t-il. On considère désormais qu’une femme qui ne connaît jamais l’orgasme a forcément un problème ; elle est « anormale » ou « incomplète ». Plus qu’une injonction, on assiste à un véritable « terrorisme de l’orgasme » !
Pour le spécialiste, cette « course à l’orgasme » (directement héritée du culte de la performance, qui sous-tend nos sociétés modernes) constituerait carrément une nouvelle forme de domination masculine : « Pour l’homme, l’orgasme est quasi systématique : il accompagne presque à chaque fois l’éjaculation, qui constitue le point culminant du rapport sexuel. Finalement, considérer que la femme devrait avoir un orgasme à chaque fois, c’est partir du principe que les femmes devraient se comporter comme des hommes… »

Faut-il vraiment atteindre l’orgasme à chaque fois ?
« En réalité, la sexualité féminine est beaucoup plus complexe et subtile que la sexualité masculine, ajoute le spécialiste. Une femme peut tout à fait se satisfaire d’un rapport sexuel sans pénétration, voire de caresses : le plaisir et la jouissance ne sont pas du tout subordonnés à l’orgasme ! »
Cette politique de « l’orgasme à tout prix » est, selon le spécialiste, la source de nombreux malentendus au sein du couple : « L’homme peut se sentir diminué dans sa virilité en constatant que sa compagne n’atteint pas l’orgasme à chaque rapport : il peut avoir le sentiment de ne pas « être à la hauteur ». De son côté, la femme peut carrément éprouver de la culpabilité, voire se demander « Qu’est-ce qui cloche chez moi ? ». Et cela peut se traduire par des tensions qui, parfois, peuvent contribuer à la rupture. »

Comment dépasser cette injonction sociale néfaste ?
Sans surprise, la clé, c’est la communication : « Les deux partenaires doivent accepter que l’autre puisse avoir un fonctionnement différent sur le plan sexuel. Autrement dit : ce qui vous convient à vous n’est pas forcément le mieux pour votre compagnon ! »

Ne pas hésiter, donc, à poser des questions à l’autre afin de mieux comprendre ses préférences : « Est-ce que tu as aimé ceci ? », « Est-ce que tu aimerais tester cela ? »… C’est l’occasion de faire de nouvelles expériences en couple, histoire de trouver des « terrains de jouissance » communs !

Un dernier conseil ?
« C’est principalement grâce à la masturbation que les femmes découvrent ce qu’elles aiment et ce qui les fait vibrer. » Message reçu…

Merci au Dr Philippe Brénot, psychiatre et thérapeute de couple, auteur de Je suis un médecin de l’amour (éd. L’esprit du temps).

* réalisée en décembre 2015 pour le site CAM4.fr

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