Zoom sur l’association nationale des visiteurs de prison

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Donner un peu de temps et de réconfort à des détenus coupés de leurs proches, les écouter et leur parler avenir, c’est la mission de ces bénévoles.

C’est son rituel du vendredi après-midi. Depuis cinq ans, chaque fin de semaine, Philippe, 66 ans, se rend au centre de détention de Val-de-Reuil, dans l’Eure. Cet ancien artisan électricien à la retraite visite actuellement quatre hommes. « Chacun a un énorme besoin de parler et, surtout, d’être écouté. Certains sont hantés par les actes qu’ils ont commis. » Philippe fait partie de l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP). Adhérer à une structure n’est pas obligatoire pour entamer cette démarche mais cela permet de bénéficier de l’expertise d’une formation qui a fait ses preuves. On y organise des groupes de parole afin de mieux appréhender les éventuelles difficultés.

Créée en 1932, cette association d’intérêt général, reconnue d’utilité publique, aide moralement et matériellement les personnes en maisons d’arrêt et en centres de détention. « Son principal moyen d’action est la visite individuelle, réalisée par des citoyens volontaires, à des condamnés qui en font la demande », résume Paul Marconot, président de l’ANVP. Mais son champ d’action est bien plus large puisque nous accompagnons de plus en plus les anciens détenus à l’extérieur, dans leur processus de réinsertion sociale.

Les visites hebdomadaires se déroulent au parloir avocat, dans lequel la conversation ne peut être ni écoutée ni contrôlée. Un moment privilégié, en face-à-face, entre le bénévole et le prisonnier. La première rencontre représente toujours un moment important. « Je rentre dans la pièce et je dis : “Bonjour, je m’appelle Annick ! » La confiance s’instaure rapidement. Ça doit être les cheveux blancs », s’amuse Annick, 74 ans, visiteuse depuis vingt-deux ans et présidente de la section locale Rouen-Val-de-Reuil-Evreux de l’ANVP. « Si la conversation peine à s’engager, je raconte des choses très simples de mon quotidien, comme une séance de jardinage. »

Le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) attribue un détenu à un visiteur. Si au départ, le bénévole ne connaît jamais les motifs d’incarcération, il finit par les découvrir à un moment ou un autre. « La plupart des détenus ont besoin de « vider leur sac ». Parfois dès le début ou un jour sans prévenir. Il ne faut pas avoir peur de cela. On s’attache à visiter une personne, en la dissociant des actes qu’elle a commis, précise Annick. On doit pouvoir parler de tout, sans sujet tabou. »

La mission de ces intervenants consiste à accompagner la détention mais aussi à favoriser la réinsertion. « Je leur dis toujours : “Vous êtes là parce que vous avez enfreint la règle du jeu collective. La société vous a sanctionné mais ne vous rejette pas. Vous valez quelque chose“ », souligne Paul Marconot. En permettant à ces personnes de maintenir un lien social, les visiteurs les préparent progressivement à leur retour à la vie civile. Une période qui fait peur quand on a passé énormément de temps derrière les barreaux. « Beaucoup sombrent dans la perte d’estime de soi. Nous sommes aussi là pour les aider à trouver en eux la force de rebondir », reconnaît Philippe.

Au fil des rencontres, une relation forte peut s’instaurer entre ces binômes improvisés. Récemment, après en avoir discuté avec son épouse, Philippe a invité à déjeuner à son domicile l’un des détenus ayant pu bénéficier d’une permission de sortie. « Nous avions même prévu un gâteau, c’était son anniversaire. Cette marque de confiance lui a fait énormément de bien « , commente Philippe, qui avoue avoir « pris cette décision en conscience » mais reconnaît que l’on peut aussi garder une certaine distance dans la relation.

Plonger, chaque semaine, au cœur d’un établissement pénitentiaire et rencontrer des personnes qui portent un lourd passé n’a rien d’anodin. Chaque visiteur se souvient de la première fois où il a franchi les différentes portes, entendu le bruit des clefs qui s’entrechoquent. Philippe ne s’y est pas encore complètement habitué. « Quand je sors, je prends une profonde inspiration. Je goûte à la liberté et au bonheur de rentrer dans mon foyer, auprès des miens. »

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L’Association nationale des visiteurs de prison recherche des bénévoles car de nombreuses personnes incarcérées sont sur liste d’attente d’un visiteur.

Comment aider ? Il faut avoir moins de 75 ans et un casier judiciaire vierge. Un premier entretien a lieu avec le responsable local de l’ANVP. Puis, le candidat écrit une lettre de motivation au directeur pénitentiaire et au service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP). Une enquête est réalisée à l’issue de la demande. Le visiteur reçoit un agrément, pour une durée de deux ans, sur un seul établissement pénitentiaire. Les qualités requises ? Être solide psychologiquement, bienveillant, empathique et dans une écoute active.
À quel rythme ? Une fois par semaine.
Qui contacter ? anvp.org ou par téléphone au 01 55 33 51 25.

Publié le dans Notre époque

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