Pollution dans la maison : du balai !

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L’air est plus vicié dedans que dehors ! La faute au manque d’aération de nos habitations et à de très nombreux produits ménagers. Opération portes ouvertes et vidange de placards !

Nous passons 70% de notre temps dans des espaces confinés et l’atmosphère dans laquelle nous baignons est de cinq à dix fois plus polluée que l’air extérieur. Ce constat de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur est alarmant. D’après cet organisme public, les composés chimiques et autres particules qui saturent nos logements provoquent 28 000 nouvelles pathologies par an depuis 2004. Au rang des symptômes : difficultés respiratoires, irritations cutanées et oculaires,  maux de tête, nausées… Plus insidieux, les troubles neurologiques, cardio-vasculaires et même certains cancers. Prenez le formaldéhyde, ce composé volatile dégagé par nos meubles en aggloméré et certaines peintures, par nos produits d’entretien et de bricolage mais aussi par la combustion (feu de cheminée, tabac, bougies) : classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer, son taux est supérieur à la normale dans 86 % de nos demeures. « Les seuils observés sont loin d’être critiques, tempère Corinne Mandin, la responsable de l’Observatoire, mais il faut s’en préoccuper. » D’autant que nous pensons bien faire en jouant les fées du logis. Une étude Ipsos réalisée pour Starwax en 2016 révèle que les Français sont des maniaques du ménage. 25% prétendent, par exemple, nettoyer leurs toilettes au moins une fois par jour. Or, l’excès d’hygiène est contre-productif ! Bonne nouvelle, il existe des solutions simples pour assainir nos intérieurs, sans tomber dans les pièges que nous tendent les industriels, alléchés par le juteux marché de la purification.

Produits ménagers, faites le bon choix
« Élimine 99,9% des bactéries » : la promesse de ces désinfectants vendus en grandes surfaces est séduisante. On plébiscite le gain de temps et d’efficacité pour éradiquer les microbes, notre phobie. Las, non seulement ces produits sont pernicieux puisqu’ils détruisent toutes les bactéries, y compris les bonnes, mais ils sont aussi très irritants. Dans son hors-série d’avril/mai 2017 « Entretenir sa maison au naturel », 60 Millions de consommateurs a passé au crible douze de ces désinfectants et détecté au moins deux et jusqu’à six substances indésirables, favorisant notamment l’asthme. Dans les produits d’entretien, le nombre d’allergènes serait passé de vingt-six en 1999 à quatre-vingt-deux en 2012. Même l’eau de Javel est épinglée pour ses vapeurs chlorées délétères quand elle est mélangée incidemment à d’autres produits comme les blocs WC. Des cocktails chimiques redoutables ! L’alternative ? Les produits naturels. Le vinaigre blanc, déjà présent dans 64% des foyers français (source Kantar Worldpanel 2017), est un multi-usage épatant. « Je l’utilise au quotidien comme désinfectant et anticalcaire », témoigne Aude, une naturopathe convertie au ménage écolo. Le savon noir, idéal pour dégraisser toutes les surfaces, a lui aussi le vent en poupe (+8,1% de croissance l’an passé selon IRI, l’expert des produits de grande consommation). Citons encore le bicarbonate de soude, dont on fait avec de l’eau une pâte à récurer, ; la terre de Sommières, qui vient à bout des taches de gras ; ou l’huile de lin, pour nourrir le bois. Bon signe : la croissance des nettoyants naturels caracole, selon IRI, à +13,3% contre -2,6% pour les produits conventionnels en 2017. Et la santé est en tête des motivations devant le respect de l’environnement.

Plutôt que de désinfecter votre maison, entretenez-la !
Pour limiter la pollution intérieure, faites la guerre à la poussière. L’aspirateur est votre meilleur allié. Choisissez-le de préférence équipé d’un filtre Hepa (Haute efficacité pour les particules aériennes). À éviter ? Le balayage, qui remet en suspension les poussières. « Préférez un nettoyage humide à l’eau », préconise l’OQAI dans son guide « Les bons gestes pour un bon air ». Idéal : le chiffon en microfibres lavable. « Dans un hôpital, l’une de mes consœurs a converti le personnel d’entretien au nettoyage vapeur – hors salles d’opération – et banni tous les produits chimiques », témoigne Chrisbelle Olette-Speyer, conseillère médicale en environnement intérieur à Marseille. L’usage domestique de tels appareils commence à percer. Selon l’UFC-Que Choisir, qui a publié un guide d’achat des nettoyeurs vapeur, il s’en vend quelque 200 000 chaque année. C’est certes quinze fois moins que les aspirateurs mais on peut commencer par tester le matériel en le louant. Pensez aussi à l’entretien régulier de votre chaudière et de tous les appareils de combustion. Si vous rénovez ou équipez votre maison, fiez-vous à l’étiquetage des produits de décoration et de construction imposé par la loi depuis 2012. Il renseigne sur l’émission des COV (composés organiques volatils) classée de A+ (très faible) à C (forte).

Solutions de purification de l’air : méfiance
L’ingéniosité des fabricants est sans limites quand il s’agit de purifier l’air de nos habitations. « Aucune de ces solutions ne s’attaque à la cause souvent multifactorielle de la pollution », s’indigne Chrisbelle Olette-Speyer. Pire, ces baumes se révèlent toxiques « et c’est la double peine ». Commençons par les sprays assainissants aux huiles essentielles, un ingrédient vanté comme naturel. Dans l’échantillon étudié l’an passé par 60 Millions de consommateurs, 70% cumulent au moins quatre allergènes. Même supercherie chez les désodorisants. L’ONG américaine US Environmental Working Group a par exemple identifié quatre-vingt-neuf substances chimiques chez le leader, Febreze. Quant aux appareils de purification de l’air, qui font notamment fureur en Chine – + 40% de croissance par an –, aucune expertise indépendante n’a démontré leur efficacité. « Les ionisateurs fonctionnent mais pas au-delà d’un mètre tandis que les appareils à filtre posent le problème de la fréquence et de la complexité de son nettoyage », confirme le consultant en environnement Arnaud Billard, qui déconseille de s’en charger soi-même : « En laboratoire, quand on veut polluer très vite une pièce, on lave le filtre avec un liquide ménager ». Bigre ! L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a effectué plusieurs tests, souligne à son tour les effets pervers de tels appareils avec des risques d’émission de sous-produits dus aux interactions entre les polluants piégés dans l’épurateur ou à leur dégradation incomplète.

Ventilation : la bonne pioche
Un conseil universel ? Aérez votre domicile ! Rien de plus efficace que d’ouvrir ses fenêtres deux fois par jour pendant dix à quinze minutes pour évacuer une bonne partie des polluants intérieurs, réguler le taux d’humidité et éloigner les mauvaises odeurs. Vos vêtements sortent du pressing ? Suspendez-les quelques instants à l’air libre. Ce meuble flambant neuf en bois mélaminé sort de son carton ? Laissez-le au minimum huit jours sur votre terrasse ou, à défaut, dans une pièce ventilée. Prenez aussi garde aux moisissures, qui dégagent des spores toxiques. « Le premier réflexe, c’est d’en trouver la cause  – fuite, infiltration d’eau, ventilation mécanique obstruée… – et de la réparer, indique Chrisbelle Olette-Speyer. Dans l’intervalle, aérez au maximum et nettoyez les moisissures avec un liquide vaisselle. » Secouez aussi à l’extérieur vos parures de lit, ce nid d’acariens dont les déjections sont responsables, selon l’association Asthme & Allergies, de 75% des allergies respiratoires. Ces bestioles microscopiques seraient deux fois plus nombreuses qu’il y a cinquante ans : en moyenne deux millions par matelas ! En cause, le confinement de nos chambres surchauffées et l’abondance de tissus. Là encore, oubliez les sprays antiacariens et autres traitements dans la masse. Optez plutôt pour une housse intégrale et lavez vos draps en cycle long pour neutraliser les allergènes. C’est simple : une maison sans polluants, c’est beaucoup d’air et très peu de produits. Économique !

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