« Nulle part, en France » : le documentaire poignant de Yolande Moreau sur Arte

© Arte reportage

« Faut-il être carrefour ou citadelle ? » Dès les premiers mots de commentaire, Nulle part, en France* le film de la comédienne et réalisatrice Yolande Moreau sur les migrants du camp de Grande Synthe près de Dunkerque, pose une question dont on connaît malheureusement la réponse. Un reportage sobre et terrible qui dresse un constat accablant, simplement avec quelques plans : personnes allant et venant dans la boue d’un sol hivernal détrempé, abris de toile malmenés par le vent de la mer du Nord, feux de camp et toilettes de fortune.

C’est le quotidien de ces gens qui ont fui la guerre, traversé la mer et l’Europe pour arriver là. Le mérite du film de Yolande Moreau est de mettre des noms et des visages sur des personnes que le traitement anxiogène de nombreux médias, les discours démagogiques et irresponsables de 99 % de la classe politique présentent au mieux comme une nuisance au pire comme une menace.

Hawré, jeune kurde de Kirkouk, en Irak, le dit pourtant : « On n’est pas là pour des raisons économiques ni pour le plaisir. On a galéré pour se construire une vie là-bas ». Une vie réduite à néant par la guerre. Coincé du mauvais côté de la Manche dans un cauchemar éveillé, Hawré veut passer en Angleterre : « Je ne m’attendais pas à un aussi mauvais accueil de la France. Même si on me donnait un château, je ne resterais pas. »

Maigre consolation, des bénévoles viennent chaque jour apporter leur soutien moral et matériel, dérisoire et vital à la fois. L’un d’eux lâche : « Depuis que je m’occupe des migrants, les gens sont contre ce que je fais ». On lui reproche d’aider des terroristes. On en est là. La faute, dit le film, à une politique qui préfère flatter les plus bas instincts de l’opinion plutôt que de faire preuve de courage et de générosité. La faute, aussi, à « l’Europe et son concert d’égoïsmes », une Europe « qui abandonne l’esprit pour embrasser la peur ».

* Diffusion sur Arte le samedi 9 avril à 18h35, ou en rattrapage pendant une semaine sur Arte+7

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