Mes parents sont les champions de la mauvaise foi

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« Comment ça, tu n’as pas les papiers ? Je t’avais dit de les apporter ! J’ai rendez-vous à la banque. » Bizarre. Nous, on n’a aucun souvenir d’une quelconque conversation mentionnant ces fichus documents… Résumons la situation. Nos parents ne perdent JAMAIS rien. C’est donc forcément nous qui égarons tout. Ils ne ratent AUCUN rendez-vous. C’est qu’on ne leur donne pas les bonnes infos. Ils restent TOUJOURS aimables. C’est nous qui déformons leurs propos. Est-il besoin de continuer la liste de ces faits et gestes mal expliqués, mal compris, mal interprétés, et dont nous ressortons inexorablement perdant ? Force est de constater que nos parents battent des records de mauvaise foi – et ne le reconnaîtraient sous aucun prétexte. Mais d’où leur vient cette nouvelle propension à se placer au-dessus de la mêlée ?

En arrière toute ! Excluons d’emblée la mauvaise foi chronique. On serait rodée. Ce qui nous surprend, c’est un récent changement d’état d’esprit, qui semble s’être installé insidieusement. Cela nous rappelle notre jeune âge, quand leur parole était d’or et que nous n’avions aucun droit de la remettre en cause. Avec le temps, nous avons grandi et cette situation d’omnipotence s’est rééquilibrée. Nous avons traversé de nombreuses années à égalité, eux et nous ayant tort ou raison, faisant bien ou mal, dans une alternance relativement symétrique. Mais en vieillissant, les voici fragilisés dans leurs certitudes, moins vifs, voire l’esprit un peu vague. Un renversement difficile à admettre de leur côté, ce qui peut se comprendre.

C’est qui, le patron ? C’est ici que la mauvaise foi se révèle un formidable outil pour celle ou celui qui entend s’imposer sans dévoiler ses erreurs. Son atout majeur ? Elle dispense de toute responsabilité. On n’est pour rien dans ce qui déraille ou ne fonctionne pas. On n’est pas faillible. Et hop, comme par enchantement, on redevient opérationnel, on maîtrise toutes les situations. Ne pas dire qu’on s’est trompé équivaut pour eux à une sorte de retour aux affaires, comme au bon vieux temps. Ils se leurrent, certes, mais ils ont le sentiment d’avoir les choses en main et de s’affirmer.

Mieux vaut en rire… Et si, plutôt que de s’en agacer, on essayait de les rassurer ? Au fond, il s’agit surtout pour eux de masquer leurs faiblesses. D’accord, c’est parfois à nos dépens, et alors ? Jouons la carte de l’humour pour leur signaler qu’on voit clair dans leur jeu, tout en leur laissant le beau rôle, celui des gens qui n’oublient rien, ne confondent rien, ne se trompent jamais. Comme eux.

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