Mes parents distribuent toutes leurs affaires…

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Ils ont commencé par se défaire de leurs manteaux, puis de leurs disques et de leurs livres. C’est au tour des tableaux. Jusqu’où vont-ils aller ? La question se pose.

Au début, on n’y a vu que du feu. Leur garde-robe s’aérait, de menus objets disparaissaient, la vaisselle s’amenuisait, mais c’était pour la bonne cause. Ils doublaient un grand ménage de printemps de donations par-ci par-là, tantôt à une œuvre caritative, tantôt à une copine dans le besoin, voire à nos enfants, histoire de les équiper, ou à nous-mêmes pour nous faire plaisir. Rien à redire. Mais quand les tableaux disparaissent des murs pour ne plus laisser que la trace jaunâtre et criante de leur absence ou qu’ils envisagent sans sourciller de se débarrasser de leur garage et de la voiture qu’il abritait, on est en droit de s’inquiéter. OK pour ne plus conduire, étant donné leur âge, mais que cache cette opération vide-grenier menée tambour battant ?

Qu’est-ce que ça dissimule ?
Ils auraient 50-60 ans, on pourrait croire qu’ils sont dans une phase de changement : ils ont besoin de repenser leur environnement et, dans ce cadre, le désir de faire table rase avant de tout réagencer paraît logique. Là, c’est différent, et il faudrait être aveugle pour ne pas voir que ces dépossessions ne sont pas le signe d’un prochain rebond. Reste deux options : soit ils se font manipuler, soit ils préparent leur départ. Dans tous les cas, leur réaction nous décontenance. Pourtant, quelle que soit l’option, le mieux est bien sûr d’en parler.

On vérifie leurs motivations
Pour ne pas les froisser, on avance à pas discrets en vérifiant que personne ne se tapit derrière cette « donnite » aiguë. Y aurait-il un grand bénéficiaire masqué recevant par miracle le fruit de leur délestage ? À leur âge, il n’est pas difficile de les téléguider pour profiter de leur générosité. Pas de loup en vue ? Alors l’explication est toute autre. Ne baisseraient-il pas par hasard les bras ? Envisagent-ils une vieillesse dépendante qui les obligerait à disperser leurs meubles dès maintenant ? Ou le temps est-il tout simplement venu pour eux de prendre un peu de distance avec les biens matériels ?

On ose leur parler
Quelle que soit l’hypothèse retenue, elle mérite une conversation à cœur ouvert. La crainte d’affronter une discussion sur leur fin de vie nous a peut-être interdits jusqu’ici d’en aborder la dimension certes douloureuse mais aussi pragmatique. Eux-mêmes, nous sentant réticents, n’ont pas osé l’évoquer frontalement. À nous de créer ce moment d’écoute qu’ils sollicitent peut-être de notre part en donnant à tout va, histoire de ne pas être pris au dépourvu, de ne pas être dans le déni ni l’angoisse. Faisons la paix avec le sens qu’ils entendent donner à leur vie. Et respectons leurs choix. On leur doit bien ça.

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