Les surprises, très peu pour moi !

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À 20 ans, on n’aimait déjà pas ça et cela n’a pas changé ! Nous vivons ces cadeaux, fêtes ou visites inattendus de nos proches comme des embuscades. Alors qu’ils devraient nous faire plaisir. C’est quoi notre problème ?

« C’est la surprise, l’étonnement qui nous oblige à évoluer », affirme le sociologue Edgar Morin. Allons bon… Vu comme nous avons toujours détesté les grains de sable dans notre ronron quotidien – fête d’anniversaire organisée en grand secret pour nos beaux yeux, présent choisi sans nous consulter, copains qui sonnent à la porte à l’improviste –, nous avons sacrément dû faire du surplace dans notre vie ! C’est donc si grave de préférer le prévisible à l’impromptu ? Pas dramatique mais quand même dommage : on se prive de se confronter à des événements qui nous sortent de notre zone de confort, nous poussent à mobiliser nos ressources et accéder peut-être à de jolis émois. Même si nous alignons d’excellents arguments pour justifier notre détestation de ce que l’on n’a pas planifié, sans doute gagnerions-nous à les revisiter.

Je me sens piégée
Le problème avec ces événements imprévus, c’est que leurs organisateurs attendent que nous manifestions de l’enthousiasme. Faute de quoi ils sont vexés (ce n’est pas trop grave) ou attristés (c’est plus ennuyeux). « Être ainsi assigné à l’expression d’émotions positives même si cela nous déplaît, peut être vécu comme une contrainte intolérable. À 60 ans ou plus, certains ne supportent pas de se retrouver dans la position du petit enfant qui devait toujours être sage et poli, remercier en faisant des courbettes ! Ils estiment avoir passé l’âge de tricher avec leurs émotions, de devoir toujours s’oublier pour faire plaisir aux autres et de se laisser envahir par leurs attentes », décrypte Rodolphe Oppenheimer*, psychanalyste.
Comment réagir ? On n’a pas à choisir entre balancer le cadeau à la tête de ses auteurs ou concourir pour le césar de l’hypocrisie : il est possible de surfer sur une ligne de crête entre ces deux écueils. « On peut commencer par remercier chaleureusement pour l’intention, qui nous procure un grand bonheur. Puis, ajouter que les surprises nous mettent mal à l’aise, que nous avons du mal à accueillir l’inattendu. De quoi faire comprendre en douceur à l’entourage qu’à l’avenir, mieux vaudrait qu’il s’abstienne », propose le psychanalyste.

Je n’arrive pas à en profiter
Quand l’inopiné s’invite dans notre vie, c’est toujours au mauvais moment ! L’appartement est sale (c’est demain le jour de ménage), on devait justement sortir (c’est le soir du yoga). Nous voilà incapables de nous réjouir de ce qui vient bousculer notre routine. « Les habitudes auxquelles certaines personnes s’accrochent ont souvent pour fonction de contenir les angoisses. Pour elles, la surprise n’est pas seulement dérangeante, elle est source de souffrance car elle malmène leur mécanisme de défense », insiste le psychanalyste. Parfois aussi, il nous est impossible de nous enthousiasmer à cause de pensées parasites. « On sait bien que les organisateurs se sont décarcassés pour nous. Une attention rapprochée qui peut faire surgir des craintes. Sur le mode de la culpabilité : le mérite-t-on ? Ou de la paranoïa : que vont-ils nous demander en échange ? », note Rodolphe Oppenheimer.
Comment réagir ? Puisque notre rempart habituel (notre petit train-train) est mis à mal, il ne nous reste plus qu’à trouver le moyen nous adapter sans trop y laisser de plumes. « On peut se dire que cette surprise, c’est la preuve vivante que des gens nous aiment. Se sentir appartenir à une communauté bienveillante constitue un excellent moyen, bien plus amusant que la rigidité, de lutter contre ses angoisses », encourage le psy.

Elles tombent toujours à côté de la plaque
À agir sans notre consentement, nos proches vont évidemment faire fausse route ! « Cette défiance viscérale à l’égard des surprises, installée comme une croyance indéboulonnable, peut remonter à une mauvaise expérience ayant fait trauma. Par exemple, un cadeau saugrenu qui a constitué une violence parce qu’il déniait ce que nous étions ou venait stigmatiser une insuffisance », analyse Rodolphe Oppenheimer. La Pléiade offerte à la lectrice médiocre que nous étions, le costume de princesse à la gamine « garçon manqué »… Derrière ce refus absolu que cela puisse nous contenter peut aussi se cacher un manque de confiance dans la relation : personne autour de moi ne me connaît suffisamment bien pour savoir ce qu’il me faut !
Comment réagir ? Essayons d’inonder notre cerveau de pensées positives qui, tout autant que les croyances négatives, peuvent se réaliser : répétons-nous tel un mantra que oui, une surprise peut être agréable ! « Surtout, restons ouverts. Et si nos proches ne s’étaient finalement pas tant trompés que ça en nous offrant ce présent de leur cru ? S’ils étaient en train de nous révéler des choses sur nous qu’eux ont perçues et pas nous ? », suggère le psychanalyste. Admettre que les êtres aimés peuvent parfois lire en nous n’a rien de dramatique, cela peut même être enrichissant !

* Auteur d’Une vie heureuse et réussie, mode d’emploi (éd. Marie B).

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