L’association du mois : Lire pour en sortir

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Des bénévoles accompagnent des détenus dans un programme de lecture personnalisé. Une ouverture sur le monde et de l’espoir pour l’avenir, au-delà des murs de la prison.

« La Vie devant soi est un condensé d’émotions et de bons sentiments, une magnifique leçon de vie. Une vie qui s’échappe de ces pages, débordante, irrévérencieuse, cruelle et tranquille dans le regard humide d’un enfant ou les yeux presque éteints d’une femme. » Ce résumé du roman d’Émile Ajar (alias Romain Gary) est signé Martin, un détenu suivi par l’association Lire pour en sortir. Brigitte, 66 ans, bénévole depuis trois ans, a souvent de bonnes surprises en découvrant les comptes rendus des ouvrages qu’elle conseille. « Quand leur texte est bien rédigé, je les complimente, cela les valorise. Et pour ceux qui craignent de ne pas savoir écrire, je ferme les yeux sur les fautes d’orthographe. »

Lancé à la maison d’arrêt de Châlons-en-Champagne (Marne), ce programme de lecture met en relation des bénévoles et des prisonniers. Ces derniers ont à leur disposition un catalogue de plus de 200 ouvrages (romans, biographies, BD). « Je les aide à faire leur choix, raconte Brigitte, ancienne assistante maternelle. Certains avouent ne pas être très portés sur la littérature, mais ils se prennent vite au jeu. Entre eux, ils m’appellent la dame des livres. » Chaque participant a pour objectif de remplir une fiche, dans laquelle il consigne un résumé de l’ouvrage, quelques citations et ses impressions. « Je me souviens d’un jeune homme complexé car il n’avait qu’un CAP, évoque Brigitte. Je l’ai encouragé, il a pris confiance. La découverte du Journal d’Anne Frank a été un vrai choc pour lui. »

S’il existe déjà des bibliothèques en prison, certains n’osent pas franchir le pas. « Le but n’est pas seulement de distribuer des livres, précise Bertrand, 65 ans, médecin à la retraite. Nous aidons les détenus à trouver des textes qui leur correspondent puis à mettre des mots sur ce qu’ils ont ressenti. C’est une ouverture sur le monde qui les aide à s’échapper de leur quotidien. » Mais découvrir des œuvres n’est que la première étape du projet culturel et social proposé aux détenus par l’association Lire pour en sortir. Le programme s’est inspiré d’une initiative brésilienne, permettant de réduire la peine carcérale de quatre jours pour chaque livre lu. Séduit par ce contrat vertueux, l’avocat Alexandre Duval-Stalla a choisi d’en importer l’idée, qui a fait ses débuts en France en 2015.

Sur demande du prisonnier, les fiches de lecture peuvent être transmises au Service d’insertion et de probation (Spip), puis au juge d’application des peines, qui décide alors d’accorder ou non une réduction de peine. Depuis la modification du Code de procédure pénale d’octobre 2014, cette disposition est réservée à des « condamnés qui manifestent des efforts sérieux de réadaptation sociale », en participant notamment à des activités culturelles, comme la lecture. Un succès pour Lire pour en sortir, qui a ardemment défendu cet amendement. Pour favoriser le lien avec l’extérieur, des rencontres avec des écrivains, comme récemment Joël Dicker à la maison d’arrêt de Draguignan (Var), sont régulièrement organisées.

Avant de devenir bénévole à la maison d’arrêt de Nice (Alpes-Maritimes), Bertrand était visiteur de prison. Son expérience lui a permis de comprendre à quel point cet accompagnement était gratifiant pour les détenus, notamment pour se projeter dans l’avenir. « Beaucoup pensent à tort que l’on ne pourra jamais rien tirer de personnes qui ont fait des erreurs à un moment de leur vie, confie-t-il. Grâce à la lecture, ils ont la possibilité de porter un regard différent sur eux-mêmes et sur la société. » De toutes ces rencontres, Bertrand retient celle d’un jeune homme, conducteur dans des go fast*, qui lui a promis de changer de vie à sa sortie de prison. Une illustration de la phrase de l’écrivain Daniel Pennac : « Un livre bien choisi va vous sauver de quoi que ce soit, même de vous-même. »

* Convois de voitures lancées à pleine vitesse pour transporter des produits stupéfiants ou de contrebande.

Ça vous intéresse ?
L’association recherche des volontaires pour différents types d’investissement. Les qualités requises sont le goût pour les livres, l’écoute, l’altruisme et l’empathie. Il est aussi recommandé de disposer d’un véhicule car les établissements pénitentiaires se situent pour la plupart en dehors des villes. D’autres missions de bénévolat sont possibles au siège à Paris. Il est conseillé d’être disponible au minimum une fois en semaine (le week-end étant réservé aux visites des familles). La régularité est fondamentale pour établir une relation de confiance avec le lecteur. Les personnes intéressées peuvent contacter l’association via ce mail : contact@lirepourensortir.org.

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