Je vieillis, et alors ?

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C’est inscrit en nous. On ne peut pas y échapper et pourtant, ce processus naturel déclenche les pires résistances. Mais si avancer en âge signifie perdre un peu, bien sûr, c’est aussi gagner des connaissances, des souvenirs, et même de l’énergie et du temps pour soi.

La cosmétique joue à « Je t’aime moi non plus » avec les femmes de plus de 20 ans mais drague ouvertement leur porte-monnaie. Il suffit d’allumer le petit écran pour se retrouver bombardée de publicités nous encourageant à renouer avec « une peau plus ferme » et « des rides lissées » grâce au dernier sérum machin ou au nouvel anti-âge trucmuche. Difficile d’apprécier son visage quand le monde entier nous conseille d’en changer ! Pourtant, la résistance s’organise. « Le jeunisme est encore très prégnant, mais la génération des soixante-huitards fait bouger les choses, estime le psychologue José Polard. Elle s’interroge sur l’âge, et n’acceptera pas d’être (mal) traitée comme ses parents ou ses grands-parents. » Vieillir en 2018 n’est plus un gros mot, car c’est d’abord vivre avec un grand « V ».

Génération en forme !
Chacun peut le sentir dans son corps et dans sa tête : on a pris de l’âge, certes, mais on n’est pas « vieux » pour autant quand arrive la retraite. Si autant de seniors courent le marathon ou sillonnent le monde en camping-car, c’est justement parce qu’ils sont très en forme. « Une situation qui n’a rien de commun avec les générations précédentes », souligne José Polard. Aujourd’hui, vieillir, c’est d’abord profiter de la vie plus longtemps. Comme la température qu’il fait, il y a un âge réel et un âge ressenti. Et ce n’est pas seulement dans la tête. Les chercheurs qui travaillent sur la mémoire savent que rester dynamique et sociable fait reculer objectivement les risques d’Alzheimer. Les généticiens, eux, s’aperçoivent que l’on peut faire repousser les télomères, ces petits bouchons qui surmontent les gènes et activent le vieillissement en se dégradant au fil du temps. Le secret ? Respecter son corps et aimer la vie. Cela tombe bien, car le temps nous offre aussi de nouvelles raisons d’être heureuse.

Les années nous enrichissent
De plus en plus de femmes en témoignent : elles se sentent plus épanouies à 60 ans qu’à 40. « Les enfants sont grands, le rythme de vie s’est ralenti et les gens récupèrent du temps pour s’occuper d’eux », explique José Polard. Avec les années, on apprend aussi à s’accepter tel qu’on est, et le regard des autres perd son pouvoir maléfique. On se fiche de nos anciens petits complexes, car on ne laissera plus rien nous empêcher de profiter de l’existence. Comme on se connaît mieux, on est aussi capable de savoir ce qui nous plaît vraiment, y compris au lit. On ne se force plus, mais on ne s’interdit plus rien non plus. « Une vraie liberté sexuelle peut apparaître à la ménopause », confirme notre spécialiste. Peut-être que c’est cela, devenir philosophe : prendre les choses comme elles viennent, sans stress !

La société a besoin de nous
« La retraite n’est plus synonyme d’inaction, bien au contraire, souligne José Polard. C’est souvent le temps de l’engagement associatif, le moment où l’on prend soin des autres. » Le plus grand trésor que nous puissions apporter au monde est notre expérience, et l’enseignement que nous en avons tiré. Nous transmettons nos connaissances dans l’entreprise, avant de laisser la place aux jeunes, mais nous conseillons aussi nos enfants et nos petits-enfants lorsqu’ils nous posent des questions. « Il ne s’agit pas uniquement d’enseigner des techniques, mais bien d’un « savoir être » forgé au fil du temps », précise le psychologue. Nous sommes la mémoire de la société, et sans nous, elle reproduirait constamment les mêmes erreurs. Des auteurs, comme Perla Servan-Schreiber, n’écrivent rien d’autre que la sagesse acquise dont ils aimeraient faire profiter les autres. Certains de nos témoins (voir ci-contre) n’ont d’ailleurs pas attendu de lire leurs livres pour s’adapter à leur âge alors que d’autres s’évertuent à tricher pour mieux supporter ce temps qui court (voir témoignages). À chacun(e) son style !

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