Exclu : Jean-Marie Périer nous parle de Johnny Hallyday

LORENVU/SIPA

Jean-Marie Périer, c’est LE photographe mythique des années 1960. L’homme de Salut les Copains, celui qui a fait éclore (en images du moins) Johnny Hallyday et toute la génération yéyé. Ami intime du rocker défunt, il avait jusque là refusé de s’exprimer sur le sujet. Nous l’avons rencontré à Paris et pour la première fois, il nous livre quelques souvenirs sur l’idole.

« Quand Johnny est mort, j’ai refusé 102 interviews en une semaine. J’avais décidé de ne pas dire un mot. Maintenant que la folie est retombée, je peux en parler. C’était un type étonnant, qui a fait son éducation et construit sa culture tout seul. Il était vraiment intelligent, avec un sens des gens incroyable. Il avait un humour fou. Personne ne se moquait de Johnny Hallyday autant que lui-même. Les Guignols peuvent aller se rhabiller. Mais pour voir ce Johnny là, il fallait être seul avec lui. Dès qu’une tierce personne arrivait, il faisait son numéro. Son personnage dépendait des gens qu’il avait en face de lui. Entre mecs, il faisait des blagues de mec. Mais si Sylvie Vartan entrait dans la pièce, il était capable de dire : « Eh ! tu parles pas comme ça devant ma femme ! »

C’est curieux parce qu’il avait beaucoup de mal en interview. Il était timide et tout le monde le prenait pour un imbécile jusqu’à ce que Daniel Rondeau, journaliste au Monde, lui consacre une grande interview qui l’a rendu « respectable ». Mais on était dans les années 1990. « Je préfère qu’ils me prennent pour un con, comme ça je les vois venir ». m’a-t-il dit une fois alors qu’il avait à peine 20 ans…

Dans les années 80, je suis à Paris et je vais voir Eddy Mitchell à l’Olympia. J’arrive et Eddy me dit : « Johnny va arriver tout à l’heure, mais il a un peu forcé hier, tu t’en occupes ? »
Je me mets au bar et je l’attends. Arrive Jojo, bien rouge, un peu titubant… on voit qu’il a fait la fête. Tout le monde le regarde et il est un peu gêné. Je lui dis de s’asseoir et de boire un coup. Et là il part dans une colère infernale sur les impôts qui lui piquent tout. Je lui réponds que je ne comprends pas, étant donné que Phillips vient de lui verser un million de droits. « Et toi tu vas t’acheter un bateau qui coûte 800 000 ? Mais qu’est-ce que tu fais ? Ca n’a pas de sens ». Et là, il me répond, très sérieusement : « J’en avais besoin pour aller sur la mer ». C’était ça Johnny, de la poésie pure. Je l’adorais. C’est le seul avec Sylvie Vartan qui, de 1962 à sa mort, n’a pas changé dans sa tête. Il avait un recul incroyable par rapport à la célébrité. Pas la moindre trace de prétention. C’était un mec rare ».

Voir aussi notre hommage à Johnny, en images

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