Doit-on dire à nos parents qu’ils se négligent ?

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Ils sont fatigués, moins habiles, leur vue a baissé… Et du coup, ils ne font plus très attention à eux. On se dit qu’il faudrait en discuter et pourtant, on hésite, on tergiverse. Il va pourtant falloir trancher.

Les arguments pour

  • Il n’y a pas de fatalité. Au nom de quoi ancienneté rimerait avec saleté ? Les deux ne vont pas de paire, loin s’en faut. Et si, par hasard, on constate chez nos parents que le sol de leur cuisine adhère étrangement à nos semelles ou que leurs vêtements nous font penser aux peintures de Jackson Pollock, quelle interdiction morale nous dispense de le leur signifier ? On se manifeste. Comme on le ferait avec nos enfants, nos petits-enfants ou nos meilleurs amis.
  • Une question de dignité. Les raisons énumérées plus haut, fatigue, lassitude, gestes moins sûrs, vue défaillante… on en mesure l’impact chez nos parents vieillissants. Il nous faut désormais prendre en compte cette réalité-là. Si elle a pour conséquences de les rendre débraillés, voire franchement cracra, à nous de les aider à réparer ça. Il en va de leur image. De leur honneur même ! Nous en sommes désormais les gardiens.
  • C’est une question d’amour. On les aime, ce n’est donc pas un peu de poussière sur les étagères ou une pointe de confiture sur une manche de veste qui va altérer nos liens, construits sur d’autres bases qu’un ménage impeccable et des habits repassés. Quoique… Le regard tendre, affectueux que l’on porte sur eux se nourrit aussi d’admiration, de complicité, d’un certain sens du beau. Leur faire savoir qu’on les trouve moins pimpants devrait les inciter à réagir et à maintenir la relation de qualité qui nous unit.

Les arguments contre

  • Pourquoi lutter contre le temps ? C’est un fait : vieillir a des répercussions, parfois désagréables. On se montre moins attentif à ce qui, il y a quelques années, nous semblait primordial, on s’attache à d’autres valeurs, on se concentre sur ce qui nous fait du bien. Bref, on rebat les cartes de nos priorités. Alors, si pour nos parents, s’afficher toujours tirés à quatre épingles ne compte plus vraiment, force est de l’accepter. Par respect pour eux.
  • Un peu de tranquillité, SVP ! Nous les stimulons, sollicitons non-stop. « Avez-vous pris rendez-vous avec votre médecin ? », « Le kiné est-il bien passé cette semaine ? », « Avez-vous payé l’assurance de la maison ? » N’en jetez plus ! Et on ajouterait : « Vous avez pensé à nettoyer la bouilloire ? », « Vous devriez déposer cette nappe au pressing » … Ça suffit. À nous de trier. La santé, c’est essentiel. Le ménage, c’est accessoire. Tant qu’ils ne vivent pas dans une porcherie et qu’ils restent décents, on ferme notre bec !
  • On a changé d’époque. Par un effet de transfert du temps, nos parents sont un peu devenus nos enfants. Nous voilà dans la même situation qu’avec nos petits, à découvrir leur chambre (et le salon, et la cuisine, et l’entrée) mal rangée. Le parallèle s’arrête là, les enjeux sont différents. On n’a pas à leur apprendre à devenir grand. Il ne ressortira rien de nos enseignements. Il est temps de les laisser tranquilles.

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