Les Blouses Roses : du rire et des jeux pour aller mieux

Eric Larrayadieu

Les Blouses roses, c’est un tourbillon de vie dans l’univers un peu triste des lieux de soins. Pour les maux du corps, il y a les blouses blanches. Pour les maux de l’âme, il y a les Blouses roses. La phrase sonne comme un mantra et résume assez bien la philosophie de cette association forte de soixante-quinze ans d’existence.

Un album jeunesse entre les mains, Christiane raconte une histoire de chevaliers et de dragons assise sur un lit d’hôpital. À ses côtés, confortablement installé entre deux oreillers, Paul, 6 ans, est suspendu à ses lèvres. On pourrait penser à une grand-mère partageant un moment de complicité avec son petit-fils… mais Christiane arbore une jolie tunique fuchsia ornée d’un cœur orange : le signe de reconnaissance des Blouses roses. Bénévole depuis quatorze ans, Christiane, 74 ans, passe chaque semaine quelques heures dans le service d’oncologie pédiatrique du CHU de Grenoble. Il y a plus de vingt ans, c’est en tant que grand-mère qu’elle a arpenté les couloirs hospitaliers. « Mes deux petites-filles ont été hospitalisées à quelques années d’intervalle, l’une pour une pyélonéphrite, l’autre pour une anémie de la moelle osseuse, évoque-t-elle avec émotion. J’ai découvert le désarroi des familles et je me suis dit qu’à la retraite je consacrerais du temps aux enfants malades. »

Souvent en binôme dans les services, les Blouses Roses partent à la rencontre de ceux que la maladie ou la solitude liée au grand âge ont rendu vulnérables. Elles leur proposent des activités ludiques et créatives qui contribuent à rompre la monotonie des journées ou à détourner de l’angoisse liée aux soins. Les bénévoles ne parlent jamais traitement ou suivi médical, mais de ce que les enfants aiment dans la vie, de l’école, de leurs copains. « Quand un enfant joue, il oublie ses inquiétudes, explique Christiane. Les plus jeunes se laissent facilement apprivoiser, mais c’est plus difficile de briser la glace avec un ado plongé dans sa tablette ou son smartphone. Alors je m’intéresse à ce qu’il fait et lui demande de m’apprendre le fonctionnement de tel jeu ou de telle application. »

La présence des Blouses Roses crée des bulles d’apaisement au milieu de l’agitation de l’hôpital. Bénévole depuis trois ans au service des urgences du CHU de Tours, Dominique, 63 ans, ancien directeur d’école maternelle à la retraite, compte parmi les rares « blousons roses » (à peu près de 10 %). Il voulait continuer d’avoir un contact privilégié avec les enfants dans le droit fil de sa carrière de professeur des écoles : « Chaque bénévole a ses petits trucs pour créer l’alliance, analyse-t-il. J’utilise souvent l’humour et la dérision pour gagner la confiance. En plus, il faut être rapide car les enfants sont de passage. » Les Blouses Roses sont investies d’une double mission : faire oublier aux enfants pourquoi ils sont là, et détendre leurs parents. « On apaise aussi l’inquiétude des familles, évoque Dominique. On commence en parlant de la pluie et du beau temps et on se retrouve à recueillir des confidences plus personnelles : “mon enfant dort mal“ ou “ma fille est amoureuse“. »

Pour que les Blouses Roses aident au mieux les enfants et leurs familles à faire face à la maladie et à des situations parfois difficiles, elles bénéficient d’une formation. Pour leur permettre de trouver les gestes et les mots justes. « Garder une neutralité, une distance est parfois difficile face à certaines situations, confie Christiane. Quand je sens que je craque, je vais me laver les mains. Et devant le miroir, j’accroche un sourire sur mon visage et je repars. » Quand il rentre chez lui, Dominique éprouve la satisfaction d’avoir embelli un peu le séjour angoissant des enfants. « On donne beaucoup, mais les moments d’échange sont d’une richesse incroyable. L’autre jour, j’ai tellement ri avec l’un d’eux qu’il a demandé à sa maman s’il pouvait m’inviter à son anniversaire ! »

À lire aussi :

Salarié et bénévole : découvrez le congé engagement

Ça vous intéresse ?

L’association Les Blouses roses recherche des bénévoles pour se rendre en maison de retraite ou dans les hôpitaux.

Les qualités requises ?
Dynamisme, autonomie, adaptabilité et sens de l’écoute.
Comment aider ?
En jouant avec les enfants hospitalisés, en animant des activités créatives, en consacrant du temps aux personnes âgées et en les stimulant par des activités de loisirs
A quel rythme ?
2 heures à 1 demi-journée par semaine (engagement sur un an minimum). Les bénévoles interviennent en binôme. Une formation initiale de 8 demi-journées est dispensée à chaque futur bénévole.
Qui contacter ?
Tél : 01 46 22 82 32 ou www.lesblousesroses.asso.fr

Publié le dans Notre époque

Sur le même thème