Association Ta1ami : faire bloc contre la solitude

TA1AMI

Le temps d’une balade, d’un café, d’une partie de cartes, les bénévoles de l’association TA1AMI vont à la rencontre des personnes isolées pour partager un moment chaleureux.

Il est 16 heures. Deux hommes se préparent pour leur balade hebdomadaire. Direction le Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel. Un dernier petit réglage du fauteuil roulant d’Alain, et les voilà partis, tout sourire. L’ancien bijoutier, qui a toujours vécu dans le quartier, prend plaisir à observer les changements. Chemin faisant, commentaires, gestes et mots complices fusent, on jurerait que lui et Franck se connaissent depuis toujours. Or, Franck est entré dans la vie d’Alain il y a seulement deux mois, grâce à l’association Ta1ami, qui met en relation bénévoles et personnes isolées. Désormais, ils partagent régulièrement des moments simples, comme deux amis. « Avec Alain, j’apprends beaucoup sur moi, je suis plus dans l’émotion qu’avant. Quand je suis avec lui, je ralentis mon rythme. Mon sens de l’écoute aussi a changé », constate Franck, réjoui. À 54 ans, ce commercial en recherche d’emploi met à profit son temps libre pour s’engager dans l’associatif. « La première fois que je suis arrivé dans l’Ehpad où il réside, j’ai eu très peur, je me suis demandé ce que je foutais là. Mais ensuite, ça s’est fait très naturellement. Il faut lâcher prise et tout se passe bien. Une psy m’a aussi donné des clefs pour l’accompagner au mieux. »

C’est déjà un rituel : les deux copains de fraîche date s’arrêtent au café, le temps d’une cigarette. Le moment pour eux de bavarder du temps d’avant, de l’actualité, mais aussi de leur relation. Sous le regard bienveillant de Franck, Alain confie : « Quand je te vois arriver dans le jardin de l’Ehpad et que je te vois arriver, je suis heureux, mais j’ai peur de te déranger, d’être un poids pour toi. » D’une pression sur l’épaule, Franck le rassure, puis il lui commande un autre café.

« Malheureusement, l’isolement est partout en France, il s’accélère, même, explique Jean-Jacques Derosiaux président de l’association. Parmi les gens isolés, on compte près de 70 % de personnes âgées, avec qui les infirmières et les aides-soignantes n’ont plus toujours le temps de discuter. Ta1ami donne la possibilité à des personnes isolées de parler de tout et de rien. On œuvre pour leur bien-être psychologique. Le bénévole n’est pas un soignant, ce n’est pas un membre de la famille non plus, il a la place de l’ami. » Pendant des années, ce Lillois généreux et avenant rendait visite à une femme isolée, aveugle et démunie. Petit à petit, ils ont tissé des liens. Il se souvient : « Peu avant sa mort, elle a écrit dans une lettre, en parlant de moi, « j’ai un ami ». Ça a été un déclic : j’ai créé l’association dans la foulée. C’était il y a trois ans et depuis, elle ne cesse de grandir. » Après Lille, des antennes ont poussé partout en France. Au total, aujourd’hui, 500 bénévoles accompagnent des personnes isolées, âgées de 5 à 100 ans, vivant en maison médicalisée, en centre social ou à domicile.

Mais pour que l’amitié se noue, il faut d’abord créer des binômes de copains. C’est le rôle, entre autres, de Michelle. Cette attachée de presse à la retraite a rejoint l’association il y a six mois. Elle est en lien avec les directeurs d’établissements médicalisés dans le sud de Paris : « Ensemble, on discute pour essayer de trouver des personnalités qui se correspondent et très vite, on propose une première rencontre entre eux. » Si l’alchimie opère, de belles histoires peuvent naître. Emu, Jean-Jacques Derosiaux en rappelle quelques-unes : « Il y a le cas de cet homme qui, pour accueillir son ami, se coiffe à nouveau, remet une cravate. Ou cette femme qui se décide enfin à acheter un fauteuil pour pouvoir sortir de chez elle. D’autres se remettent à chanter, ils reprennent goût à la vie. » En plus des rendez-vous réguliers en tête-à-tête, Ta1ami organise aussi des sorties collectives au musée ou au théâtre. En 2017, plus de 1 500 personnes en ont bénéficié. « C’est une manière de se sentir intégré à la société. Ils se reconnectent au monde qui les entoure », analyse Jean-Jacques Derosiaux. Parfois, l’association devient une fabrique à rêves. Comme lorsqu’elle a permis à sept octogénaires de s’envoler en montgolfière pour la première fois de leur vie. « C’était magique de voir ce spectacle », se souvient Nicole, une bénévole qui a fait siens les mots de Pythagore : « Les amis sont des compagnons de voyage qui nous aident à avancer sur le chemin d’une vie plus heureuse. »

Ça vous intéresse ?
Ta1ami « recrute » partout en France pour former des binômes d’amitié. Comment aider ? En devenant ami bénévole et en rendant visite à une personne isolée en centre médicalisé, centre social ou à domicile. À quel rythme ? Au moins une heure par semaine : la fréquence est importante pour créer une relation forte. Qui contacter ? Inscriptions sur ta1ami.fr ou au 06 60 29 41 62. Après un premier contact téléphonique, une formation vous sera offerte. Vous rencontrerez ensuite une personne seule près de chez vous.

* Source : Fondation de France

Lire aussi Zoom sur l’association « Les bouchons d’amour »

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