Zoom sur l’association « À chacun son Everest »

Jérôme Gorin

Au pied du mont Blanc, des enfants et des femmes atteints de cancer trouvent un refuge et un accompagnement sur le chemin de la guérison.

« C’est une petite fille remplie de joie et d’émerveillement que nous avons retrouvée, qui a passé une semaine dont elle se souviendra toute sa vie. Je crois qu’elle a gravi son Everest et que papa et maman ne pouvaient pas l’aider à faire ce qu’elle devait faire seule. Elle s’endort ce soir, des rêves pleins les yeux, et nous le cœur léger de la savoir apaisée. » Voici le témoignage que les parents de Salomé, 8 ans, ont adressé à l’association À chacun son Everest au retour de leur enfant d’un stage à Chamonix.

2 000 enfants et adolescents sont touchés par le cancer ou la leucémie chaque année. 75 à 80 % d’entre eux guérissent. « Trop souvent, même guéris, certains continuent à vivre comme des « malades ». Ce sentiment d’être différent, renforcé par une réinsertion difficile dans la société, est un frein au rétablissement total. Notre objectif est de les aider à se projeter à nouveau dans l’avenir », explique Christine Janin*, la directrice fondatrice. Après avoir gravi l’Everest en 1990, cette femme, médecin et alpiniste, se lance en 1992 dans l’ascension du sommet le plus haut de chaque continent. À son retour, on lui propose de raconter ses aventures aux enfants hospitalisés à l’hôpital Trousseau, à Paris. L’idée lui vient alors d’un parallèle symbolique entre les difficultés rencontrées pour atteindre les cimes et celles vécues pour vaincre la maladie.

En 1994, elle fonde À chacun son Everest, à Chamonix, pour accueillir des jeunes atteints de cancer ou de leucémie et, depuis 2011, des femmes en rémission d’un cancer du sein. « Après une ascension en montagne, comme après la maladie, il y a une redescente psychologique, analyse-t-elle. Nous les poussons à mettre des mots sur ce qu’ils vivent et à exprimer leur ressenti. » Aider à « guérir mieux » grâce à la course en haute montagne, telle est la mission de ces séjours réparateurs intégralement pris en charge par l’association. Le but est d’accompagner dans cette phase difficile de l’ « après-maladie » en aidant à retrouver une énergie de vie, pour un nouvel avenir.

Grâce à son oncologue du centre Léon-Bérard à Lyon, Véronique, 47 ans, en rémission d’un cancer du sein, a pu participer à un stage fin septembre 2017. « J’ai l’impression d’avoir franchi un grand pas en côtoyant pendant une semaine des femmes qui ont traversé la même épreuve, confie-t-elle. Se retrouver toutes ensemble face à l’immensité, ça donne la chair de poule. Je suis revenue différente. J’ai refermé une porte derrière moi, j’en ouvre une nouvelle. »

À la maison Vallot où se tiennent les stages, les journées se déroulent au rythme des activités de bien-être (sophrologie, méditation, massages), sportives (escalade, randonnées, yoga, qi gong) ou encore du soutien psychologique (groupe de parole ou relaxation). « Ce séjour en montagne, même court, agit souvent comme un accélérateur à déclic, évoque Christine Janin. Certaines femmes reprennent le travail, se séparent de leur conjoint ou, au contraire, se marient. L’une d’entre elles n’est pas rentrée chez elle. D’autres changent leurs habitudes de vie ou entreprennent des voyages. » Ainsi l’une a créé un festival de yoga, une autre s’est lancée dans la création de sacs et de bijoux en cuir, une autre encore a osé participer à un défilé de lingerie après sa reconstruction mammaire. Chacune est repartie avec un surplus d’énergie.

Des mois, des années après, les jeunes et les femmes gardent un lien privilégié avec l’association. « C’est avec le recul de la maturité que je prends toute la mesure du combat d’une telle structure et de tout ce qu’il signifie pour les familles et, bien au-delà, de la dimension médicale, a écrit Grégoire, vingt ans après son stage à Chamonix. Je croque tout ce qui m’arrive à pleines dents en partageant le maximum de moments avec mes proches. »

Vient de paraître : Dame de pics et femme de cœur, Christine Janin (en collaboration avec Anna Véronique El Baze). Ed. Glénat.

Lire aussi Zoom sur l’association « Les bouchons d’amour »

Ça vous intéresse ?

À chacun son Everest a besoin de bénévoles pour continuer d’accompagner des enfants en stages à Chamonix. Des médecins, des infirmières, des kinésithérapeutes, mais aussi des personnes ayant du temps à consacrer à sa mission.
Comment aider ? En accompagnant les enfants. En organisant une manifestation sportive, un vide grenier, un loto, un repas caritatif, un concert, une représentation théâtrale, une exposition-vente pour faire connaître l’action de l’association. En rejoignant une « Cordée » relais locaux (Ile de France, Val de Loire, Bretagne) d’A chacun son Everest.
À quel rythme ? À convenir avec l’association.
Qui contacter ? achacunsoneverest.com, rubrique Nous aider.

Publié le dans Notre époque

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