Adapter son logement pour bien vieillir à domicile

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Avec l’allongement de l’espérance de vie, le nouveau défi consiste à repousser les limites de la dépendance. C’est désormais possible, moyennant l’aménagement de votre habitat pour prévenir les risques. Un point sur la pratique s’impose.

Rester chez soi le plus longtemps possible ? C’est le souhait la majorité des Français. Mais pour l’envisager, « il faut généralement prévoir des travaux et débourser de 6 000 à 9 400 € pour 75 mètres carrés », prévient Soraya Daou, directrice du service Études de l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Rassurez-vous, de nombreuses aides existent : celles allouées par l’Anah, mais aussi par les caisses de retraite générales et complémentaires ou les conseils départementaux et généraux. Seul mot d’ordre ? Anticiper. En complément, ou pour ceux qui ne sont pas éligibles à ces aides, le crédit d’impôt pour adapter le logement des personnes âgées vient d’être prolongé jusqu’à fin 2020. Mais désormais, il faudra être effectivement dépendant, sauf pour les travaux d’accessibilité. Vous êtes perdu ? Pour aménager votre domicile ou celui d’un proche, suivez le guide : pièce par pièce, voici des conseils, des exemples de tarifs et les aides à solliciter.

Perron et parties communes
Avec une rampe et des nez de marches contrastés et antidérapants (500 à 1 000 €), un éclairage extérieur à détecteur de présence (300 à 500 €) et un paillasson extraplat antidérapant, on évite les chutes sur le perron. En copropriété, on peut demander des travaux pour faciliter l’accès à la résidence, aux boîtes aux lettres (abaissement, etc.) ou aux poubelles, mais la « copro » n’est pas tenue d’accepter (les travaux sont à voter en assemblée générale). Pour convaincre, regroupez–vous avec d’autres copropriétaires, sans oublier les parents qui peinent avec leur poussette !
Les coups de pouce : les mains courantes sont éligibles au crédit d’impôt ou aux aides à l’habitat de la Cnav. L’Anah peut aussi financer 35 % à 50 % des travaux, éclairage compris. Et aider votre copro à hauteur de 50 % des travaux d’accessibilité des parties communes (demande à faire par le syndic).

Entrée, couloirs et salon
Remplacez les portes gênantes par des panneaux coulissants (300 à 1 000 €) ou ôtez-les. Dans les couloirs, un éclairage automatique évite de tâtonner (500 à 1 000 € pour les plus sophistiqués). Côté salon, rehaussez la prise électrique la plus utilisée (200 € avec la pose), ôtez les tapis glissants, posez les plantes, revues, sacs sur des meubles et fixez au mur les fils électriques. Des fauteuils hauts à accoudoirs favorisent le retour en position debout. « À défaut, utilisez des coussins et glissez des barres d’appui sous l’assise des fauteuils », suggère Marion Caulliez, ergothérapeute au cabinet Axergo. Budget confortable ? Installez des volants roulants télécommandés (1 500 à 2 500€) et remplacez le carrelage par un matériau moins glissant. Si vous changez les baies vitrées, optez pour un modèle à seuil bas (2 500 à 3 500 €).

Les coups de pouce : volets roulants et revêtement antiglisse sont éligibles aux aides de l’Anah, de la Cnav et au crédit d’impôt, mais pas l’achat de mobilier adapté. L’Anah peut financer, en plus, l’achat de fenêtres mieux isolées. Si vous percevez l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) – allouée par le conseil départemental (il faut avoir plus de 60 ans et être classé « GIR »* 1 à 4) –, votre plan d’aide peut aussi couvrir des travaux : demandez-le lors de la visite d’évaluation.

Escalier
L’escalier est responsable d’un tiers des chutes ! Une rampe (1 500 à 2 000 € si elle est sur mesure) reste un minimum, à améliorer avec une seconde main courante et des nez-de-marches antidérapants. Enfin, quand on ne peut pas installer sa chambre en rez-de-chaussée et qu’on ne peut plus monter, s’équiper d’un monte-escalier devient incontournable (2 500 € pour un escalier droit, jusqu’à 8 000 € avec deux virages).
Les coups de pouce : les petits travaux – rampes, nez-de-marches… – et l’installation d’un monte-escalier sont éligibles aux aides de l’Anah et au crédit d’impôt.

Salle de bains et toilettes
46 % des chutes ont lieu dans la salle de bains. « Éliminez les objets qui traînent (pèse-personne, serpillères, etc.), collez des tapis antidérapants devant la douche et la baignoire, fixez des barres d’appui (100 à 200 €) et prévoyez un siège de douche (200 à 600 €) ou une planche de bains (30 à 50 €) », résume Marion Caulliez. Réglez aussi le chauffe-eau pour éviter les brûlures ou installez des mitigeurs thermostatiques, qui permettent de choisir et de bloquer la température voulue (200 à 500 € pour la dépose et le remplacement de la robinetterie). Partant pour de gros travaux ? Remplacez le carrelage par un sol antidérapant, et la baignoire par une douche à l’italienne sans bac (comptez 1 000 à 1 500 € pour la dépose de la baignoire et la pose du receveur, 1 500 € pour la reprise du mur, 700 à 900 € pour la paroi et la barre de douche). Côté lavabo, privilégiez un modèle sans colonne de rangement, pour s’asseoir facilement devant, avec un mitigeur « col de cygne » pour se faire un shampoing ou remplir un seau. Les toilettes sont plus basses qu’un siège traditionnel : on peut installer un rehausseur (20 à 50 € pour un amovible, 350 à 600 € pour un fixe) et une barre d’appui (150 à 200 €). Et si l’espace est exigu, inversez le sens d’ouverture de la porte (300 à 500 €).

Les coups de pouce : « Tapis, sièges, planches de bain, barre d’appui ou rehausseurs amovibles sont financés par le kit prévention de la Cnav : environ 25 000 sont accordés chaque année » rappelle Frédérique Garlaud, directrice nationale de l’action sociale à la Cnav (tableau). Les plus gros travaux (sol, douche, lavabo…) peuvent être sponsorisés par l’Anah ou les aides à l’habitat de la Cnav, par une partie de votre plan d’aide au titre de l’APA ou, à défaut, faire l’objet d’un crédit d’impôt.

Cuisine
Préférez l’électricité au gaz, dangereux en cas de pertes de mémoire. Optez pour des plaques vitrocéramiques équipées d’un voyant, sans oublier un détecteur de fumée (obligatoire depuis 2015). Pour limiter les risques de chutes, déplacez les appareils et ustensiles les plus utilisés entre 0,40 mètre et 1,40 mètre de hauteur, abaissez les placards muraux et posez un sol non glissant (30 à 100 €/m2).
Les coups de pouce : celles de l’Anah. Et pour la pose de mobilier réglable ou de sols antidérapants, le crédit d’impôt.

Chambre
Portrait robot d’une chambre sans risque ? Des prises électriques hautes, des interrupteurs en tête de lit, un lit ni trop bas ni trop mou, des volets automatisés et, pour ceux qui se lèvent fréquemment, un kit de balisage lumineux (500 à 1 500 €). En cas de difficultés pour se lever, la « barre de transfert » se fixe facilement sous le matelas (on en trouve à tous les prix, de 20 à 200 €).
Les coups de pouce : les aides de l’Anah couvrent le déplacement de prises et d’interrupteurs, un chemin lumineux, mais pas le mobilier réglable (éligible au crédit d’impôt). Si votre santé exige un lit médicalisé, la sécurité sociale rembourse 1 030 euros avec une ordonnance.

* « Groupe Iso Ressources » : grille de classification de la dépendance de 1 à 6, le niveau 1 signifiant une perte d’autonomie totale.

Merci à Anne Saint-Laurent, directrice de l’action sociale de l’Agirc-Arrco, Soraya Daou, directrice du service Etudes de l’Anah, Marion Caulliez, ergothérapeute au cabinet Axergo et Frédérique Garlaud, directrice nationale de l’action sociale à la Cnav.

Lire aussi

Quelles aides pour adapter son logement ?

Aides et travaux : la marche à suivre

Si vous êtes éligible aux aides financières de l’Anah et/ou de la Cnav (cumulables), ces organismes vous envoient un prestataire pour évaluer les travaux nécessaires, vous aider à faire réaliser les devis et ficeler votre dossier financier. Ensuite ? Patience : il faut l’accord de la Cnav et/ou de l’Anah pour entamer les travaux.

Pas éligible ? Contactez votre caisse Agirc-Arrco : « Sous un mois, elle vous enverra un ergothérapeute – spécialiste de l’adaptation de l’environnement à la perte d’autonomie – pour des recommandations d’aménagement », explique Anne Saint-Laurent, directrice de l’action sociale de l’Agirc-Arrco (l’organisme qui verse votre complémentaire peut aussi vous conseiller pour le suivi des travaux).

Aucune aide ? Faites le tour de vos assurances : certains contrats Garantie Accidents de la Vie ou mutuelles santé couvrent par exemple la visite d’un ergothérapeute. « Côté travaux, préférez des artisans labellisés : Handibat ou Pros de l’accessibilité (qualité et respect des délais) », poursuit Anne Saint-Laurent.

Chantier terminé ? L’année suivante, vous bénéficierez sous conditions (tableau) d’un crédit d’impôt de 25 % des dépenses restées à votre charge, en les déclarant avec vos revenus.

Publié le dans Conso futée

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