Psychonutrition : une nouvelle médecine pour le cerveau ?

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Anxiété, dépression, déclin cognitif, démence… Les maladies mentales peinent à trouver des traitements. Et si le remède se trouvait au bout de la fourchette ?

Les maladies mentales progressent. On estime, par exemple, que le nombre de personnes atteintes de démence dans le monde devrait presque doubler tous les vingt ans. Les moyens de les soigner demeurent très limités. Pourtant, certains chercheurs pensent avoir trouvé une voie pour prévenir et atténuer ces pathologies. Ils ont même créé une nouvelle discipline, la psychonutrition, qui s’attache à explorer la bonne alliance entre la nourriture et l’esprit. Le cerveau est en effet l’organe le plus gourmand de notre organisme. « Il a de très gros besoins énergétiques, rappelle la chercheuse australienne Felice Jacka. Il dépend des acides aminés, des graisses, des vitamines, des minéraux et d’éléments traces. » D’où l’idée de comprendre comment, avec certains nutriments essentiels, on pourrait assurer un développement optimal à nos neurones. Et protéger ainsi notre santé mentale. Une piste thérapeutique qui nous fait déjà saliver !

De bons microbes contre le stress
Certes, un cocktail de bactéries au déjeuner n’a rien de très appétissant. Mais si celui-ci peut atténuer certaines formes de stress voire de dépression, cela vaut peut-être le coup de tenter la dégustation. Plusieurs études ont montré que les personnes stressées avaient souvent un microbiote (l’ensemble des milliards de bactéries qui peuplent nos intestins) appauvri. Le manque de micro-organismes favoriserait-il certains types d’anxiété ? Une première réponse a été apportée par l’Inra (Institut national de la recherche agronomique). Des expériences menées chez le rat ont montré que l’ingestion d’une bactérie lactique (Lactobacillus farciminis) diminuait son état de tension de façon non négligeable, en réduisant la perméabilité de la barrière intestinale. Cette « protection » limite en effet l’entrée dans les intestins de lipopolysaccharides, eux-mêmes responsables du déclenchement d’une neuro-inflammation qui accentue les effets du stress.
Une autre étude a montré que l’administration de flore intestinale d’individus anxieux et déprimés chez des rats bien portants suffisait à contaminer les rongeurs. « La composante anxiété semble ainsi être transférable via le microbiote », explique Valérie Daugé, de l’unité Micalis (associant l’Inra et Agro Paris-Tech). On pourrait donc imaginer des probiotiques capables d’atténuer les angoisses de ceux dont le microbiote est anormal ? « Pourquoi, pas, espère la chercheuse. Reste à trouver la quantité nécessaire de bactéries à administrer. Pour l’heure, on l’ignore totalement. »

Traiter la dépression avec du gras et du vert !
Depuis plusieurs années, on les promeut pour combattre le « mauvais cholestérol ». Les acides gras polyinsaturés (poissons gras, huile de colza, de noix…) et mono-instaturés (fruits à coque, huile d’olive) profitent aussi à notre esprit. Ils feraient notamment reculer le vieillissement cérébral. Une vaste étude épidémiologique a montré qu’un taux sanguin élevé en acides gras polyinsaturés omega-3 peut être corrélé à une moindre fréquence de symptômes dépressifs chez les personnes âgées. De là à traiter les patients avec des gélules d’omega-3… « Nous manquons encore d’études pour en arriver là, précise l’épidémiologiste Cécilia Samieri (université de Bordeaux). En attendant, nous préférons conseiller aux gens de modifier leur régime alimentaire pour l’enrichir naturellement en acides gras insaturés (poisson gras une à deux fois par semaine). C’est la principale source d’omega-3 à longue chaîne, essentielle pour le cerveau.»
De l’autre côté de l’Atlantique, les chercheurs américains se penchent sur le régime Dash, conçu spécialement pour les personnes hypertendues. Au menu : beaucoup de fruits, de légumes, de céréales et un minimum de sel, de graisses saturées et de sucre. Testé sur des personnes de plus de 65 ans, Dash a donné de bons résultats sur la tension artérielle et sur la dépression, dont il diminuerait le risque de 11%. Le « hic » pour certains spécialistes : cette formule diététique contient trop peu d’acides gras insaturés pour suffire aux besoins de l’organisme sur le long terme.

Faire reculer le déclin cognitif grâce aux salades
Et si Popeye avait tout faux ? Et si les épinards qu’il ingurgitait ne lui apportaient pas de la force physique mais la longévité de ses neurones ? D’après des scientifiques de Chicago, déguster quotidiennement une portion et demi de légumes verts à feuilles (épinards, choux kale, choux verts, salade verte…) protègerait du déclin cognitif. Ces feuilles recèlent une source importante de folates (vitamine B9), nécessaires au développement cérébral. D’autres recherches mettent en avant que les vitamines B sont indispensables à la transmission synaptique (la communication entre neurones) et qu’elles pourraient abaisser le risque de démence. Enfin, elles seraient impliquées dans la réparation et la réplication de l’ADN, incontournable dans la neurogenèse de l’hippocampe (une partie du cerveau associée à la mémoire).

Changer de régime pour entretenir ses neurones
Mis au point par une équipe américaine de l’université Rush à Chicago, le régime Mind se rêve en recette miracle pour maintenir au top nos facultés intellectuelles. Comment ? En combinant le meilleur du régime méditerranéen (qui a fait ses preuves notamment contre les maladies cardio-vasculaires et, dans une moindre mesure, contre la maladie d’Alzheimer) et du menu « Dash » (efficace contre l’hypertension et la dépression), en y ajoutant quelques ingrédients supplémentaires connus pour leurs propriétés protectrices sur les neurones. Au final, Mind repose sur dix groupes de nutriments principaux : les légumes et en particulier les verts à feuilles, les fruits à coque, les baies, les légumes secs, les céréales, le poisson, la volaille, l’huile d’olive et le vin rouge (un verre par jour). Pendant près de cinq ans, plus de 900 Américains, âgés de 58 à 98 ans, ont suivi ce programme alimentaire. Ceux qui ont appliqué les consignes le plus strictement possible ont enregistré le déclin cognitif le plus faible. Leur cerveau est resté, en moyenne, sept ans et demi « plus jeune » que celui des personnes qui adhéraient le moins à ce type d’alimentation. En outre, les plus fidèles au Mind ont infléchi de 53% l’éventualité de développer la maladie d’Alzheimer par rapport aux « pratiquants » les moins sérieux. L’efficacité de l’assiette Mind serait telle que même les individus « moyennement adeptes » ont bénéficié de ses atouts : avec entre autres moins 35 % de risque d’être touché par Alzheimer. Les scientifiques auraient-ils trouvé le Graal des neurones ? Afin d’en avoir la preuve, ils lancent aux États-Unis une vaste étude clinique sur des personnes âgées, pendant trois ans. En attendant, rien n’interdit de s’essayer à la « mind diet ». À ce jour, elle n’aurait engendré aucun effet secondaire. À part, peut-être, l’envie de saliver devant un bon plat de choucroute !

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Publié le dans Check-up

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