Les produits laitiers sont-ils nos amis ?

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Autrefois idéalisé, le lait est devenu laid, accusé de favoriser le diabète, le cancer de la prostate et même l’ostéoporose par certaines études, à tel point qu’il faudrait le bannir de notre alimentation. On fait le point avec notre spécialiste.

Potion magique contre la malnutrition dans les années 1950, le lait et ses dérivés – ces produits laitiers qui se prévalaient encore d’être « nos amis pour la vie » dans les années 1980 – sont sujets à caution depuis une vingtaine d’années. En 2007, le journaliste et écrivain scientifique Thierry Souccar jette un pavé dans l’étable. Dans son livre Lait, mensonges et propagande, il pointe du doigt un « lobby du lait » et précise que l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) qui recommande de consommer « 3 à 5 produits laitiers par jour » perçoit une partie de ses financements de l’industrie laitière. A sa suite, médecins, naturopathes et journalistes mettent en avant un certain nombre d’études semant le trouble sur nos besoins en calcium mais également sur de possibles effets délétères de la boisson blanche sur la santé. Enfin, le marketing habile des fabricants de dérivés végétaux a fini par installer définitivement le doute dans nos esprits. Le Dr Chast répond à nos légitimes interrogations.

Puis-je me passer de lait sans avoir de carences ?
Bien sûr, car nous disposons d’autres sources de calcium dans notre alimentation. On retrouve ce minéral précieux pour les os dans les sardines (à consommer avec les arêtes), les œufs (40 mg dans 1 jaune), les amandes (50 mg dans une poignée de 20 g), les légumes verts (brocoli notamment), les légumineuses (lentilles, haricots blancs…) et certaines eaux minérales calciques (type Hépar, Vittel, Contrex…).

Si je le tolère bien, en quelle quantité le consommer après 60 ans ?
Si le lait ne génère pas d’inconfort digestif, on s’en tient à 1 ou 2 verres par jour, demi-écrémé (car plus facile à digérer et moins gras) et bio de préférence (car les laits autres contiennent souvent des pesticides !). Ces préconisations se rapprochent des recommandations actuelles de l’OMS, qui recommande 2 produits laitiers par jour.

Y a-t-il plus d’intolérants au lait aujourd’hui que par le passé ?
« En quarante ans de pratique, je ne reçois pas plus de patients intolérants au lait que par le passé. En revanche, je constate que les gens font aujourd’hui davantage attention à leur alimentation, ils s’informent, se questionnent sur l’intérêt de consommer tel ou tel aliment. Ils sont également plus à l’écoute de leur corps », explique le Dr Chast. De nombreuses personnes constatent qu’en passant au lait de brebis, de soja… les ballonnements et les problèmes ORL ou cutanés disparaissent.

Les laitages peuvent-ils nous rendre malades ?
Des études fiables ont montré qu’une consommation importante de lait favorisait les intolérances digestives, le diabète (le lait contient du sucre, le lactose), les problèmes cutanés inflammatoires et les poussées arthrosiques, ainsi que certains cancers comme celui de la prostate, du sein ou des ovaires.

On dit que boire du lait augmenterait le risque de fractures. C’est vrai ?
« C’est une très sérieuse étude réalisée en Suède qui a établi le lien entre consommation de lait et augmentation du risque de fracture. Les femmes buvant plus de trois verres de lait par jour (680 ml) présentaient un risque de décès accru de 90 % et un risque de fracture de la hanche 60 % plus élevé que celles buvant moins d’un verre de lait par jour. » Si les résultats, sur le plan du risque mortel, ont été également démontrés pour les hommes, cela n’a pas été le cas concernant les fractures. Depuis, cette étude d’envergure – qui portait sur plus de 61 000 femmes et 45 000 hommes – a été reproduite aux États-Unis avec les mêmes résultats. À bon entendeur…

Faut-il lever le pied sur les laitages quand on a des problèmes digestifs, des rhumatismes ou de l’arthrose ?
Le lait et les fromages gras peuvent avoir un effet pro-inflammatoire et causer des désagréments sur le plan de la digestion ou favoriser des poussées douloureuses chez les personnes arthrosiques ou atteintes de rhumatismes articulaires. « Je leur conseille de troquer pendant un mois le lait de vache contre le lait végétal et de se limiter à un yaourt et une portion de fromage au maximum par jour (voire en les supprimant s’ils en consommaient déjà peu). En cas de résultat positif, il est évidemment plus sage de ne plus en consommer. »

Pour faire le plein de calcium, que faut-il privilégier ?
Boire du lait n’est pas déconseillé si on l’a toujours bien supporté ! Au même titre que les yaourts nature, les fromages blancs, les petits-suisses, il reste une excellente source de calcium, tout comme certains fromages (parmesan, gruyère, emmental…). Le maître mot pour votre santé : la variété. Mieux vaut 1 verre de lait, 1 yaourt et 1 portion de fromage que 3 verres de lait.

Je n’en peux plus des laitages, je mange quoi ?
Un verre de lait, c’est l’équivalent de 4 sardines à l’huile et 3 verres d’eau minérale. Pour assurer vos besoins en calcium (1 200 mg par jour après 55 ans), il suffit donc de manger par exemple : 1 bol de lait de soja aux algues et de la purée d’amande au petit déjeuner, un gratin tofu/épinard ou chou + 1 yaourt au soja à midi, 7 à 8 noisettes au goûter, des sardines au dîner et de l’eau calcique au fil de la journée. En règle générale, le calcium végétal est moins bien assimilé que celui d’origine animale et il faut doubler la dose.

Les boissons végétales, ça vaut le coup ?
Oui, c’est une alternative intéressante lorsque l’on supporte mal le lait de vache ou qu’on ne l’aime pas. En plus, elles sont exemptes de cholestérol, de lactose (sucre du lait parfois indigeste), de caséine (protéine source de troubles digestifs, cutanés, d’allergie alimentaire…) et riches en minéraux (calcium, magnésium, phosphore, potassium), vitamines et bons gras (acides gras insaturés). Certaines offrent un meilleur apport en calcium : lait d’amande, de noisette, de riz (son silicium permet la fixation du calcium sur les os) et également le lait de soja. Seules les personnes ayant eu des cancers hormono-dépendants (seins, utérus, prostate…) doivent éviter ce dernier, sa richesse en isoflavones pouvant perturber l’équilibre hormonal.

Merci au Dr Michel Chast, médecin généraliste, acupuncteur, homéopathe et auteur de Je me soigne en mangeant (éd. Flammarion).

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Publié le dans Check-up

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