Plantes et médicaments : un cocktail à risques

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Les plantes nous semblent toujours plus douces et inoffensives que la chimie. Une fleur ne peut pas faire de mal, si ? Et ce n’est pas pour rien si la phytothérapie est vendue sans ordonnance, non ? « Cela ne veut rien dire, s’insurge le Dr Jacques Labescat, phytothérapeute*. Les plantes sont très actives, parfois même dangereuses. La médecine « douce » n’existe pas ! » De nombreux traitements chimiques en sont issus, comme la digitaline, un puissant tonique cardiaque, ou encore l’aspirine. Beaucoup d’entre elles sont susceptibles d’interagir avec nos pilules habituelles, comme vient de le montrer une étude israélienne**. Les concentrations des gélules vendues dans le commerce limitent les risques graves, mais la phytothérapie peut tout de même augmenter ou réduire l’efficacité de certains produits ou provoquer des effets secondaires.

1) Le millepertuis modifie l’absorption de nombreuses substances
Son efficacité a été établie par de nombreuses études : le millepertuis soulage les dépressions légères à modérées. Ses effets seraient liés à un mode d’action complexe, dans lequel entre en jeu une molécule intéressante : l’hyperforine. Mais plus de 70 substances (ou familles de substances) interagissent avec le millepertuis, précisément à cause de cette dernière. « Notamment les antidépresseurs, les immunosuppresseurs ou les antirétroviraux », complète le Dr Labescat. Pas de millepertuis, donc, si on est traité pour une sclérose en plaques ou une dépression nerveuse. La liste comprend encore les antimigraineux, les anticoagulants ou les antiépileptiques. Conclusion : pas d’automédication sans discussion préalable avec son médecin.

2) Le ginkgo biloba amplifie l’action des anticoagulants
On retrouve « l’arbre aux mille écus » dans des médicaments et de nombreux compléments alimentaires pour améliorer les troubles de la circulation sanguine (jambes lourdes, hémorroïdes, artérite, maladie de Raynaud…) La présence de polyphénols et de flavonoïdes antioxydants, ainsi que des terpéno-lactones, substances qui fluidifient le sang, concourent à son action bénéfique. À cause de la présence de ces molécules, le ginkgo a tendance à augmenter les effets des anticoagulants, que l’on prend en cas d’insuffisance cardiaque ou de thrombose, par exemple. Résultat : le risque d’hémorragie augmente. Le ginkgo biloba interagit également avec les antiépileptiques, les diurétiques, ou encore les traitements contre le diabète, l’hypertension ou le reflux gastro-oesophagien, dont il amoindrit les pouvoirs.

3) L’extrait de thé vert s’oppose aux antivitamines K
Le thé vert, présent dans des compléments alimentaires pour maigrir par exemple, contient de quantités parfois importantes de vitamine K. En excès, il peut augmenter l’action de médicaments anticoagulants appelés « antivitamines K », notamment la warfarine, prescrite contre certains problèmes cardiovasculaires, comme des troubles du rythme cardiaque. Ces traitements sont connus pour être difficiles à équilibrer car leur efficacité varie selon les personnes. Les composants du thé vert réduisent également l’absorption du fer et anéantissent les bienfaits d’une supplémentation !

4) La reine-des-prés dope les effets de l’aspirine
Cette petite plante a des propriétés anti-inflammatoires et antalgiques reconnues. « Et pour cause : elle contient une molécule qui n’est pas tout à fait de l’acide salicylique, c’est-à-dire de l’aspirine, mais qui en est très proche « , explique le Dr Labescat. Elle agit sur le sang comme un antiagrégant plaquettaire. On ne doit donc jamais consommer de reine-des-prés en même temps que l’aspirine, puisque leurs effets sur la fluidification sanguine s’ajoutent. Pour la même raison, on l’évite aussi lorsque l’on prend des médicaments anticoagulants.

5) Le ginseng amplifie les traitements hypoglycémiants
Le ginseng entre dans la composition de multiples compléments alimentaires pour contrer la fatigue et ser le système immunitaire. Il fait partie de la famille des plantes « adaptogènes », c’est-à-dire qui améliorent la résistance de l’organisme au stress psychologique et physique. Parmi les interactions connues, le ginseng renchérit l’action des molécules qui régulent le taux de sucre dans le sang. C’est donc une plante à éviter lorsque l’on souffre de diabète, sous peine de déséquilibrer son traitement. L’effet tonifiant du ginseng s’ajoute également à celui d’autres substances stimulantes, comme la caféine ou le guarana. Il réduirait aussi les bénéfices des anticoagulants, et on suspecte des interactions avec des antidépresseurs.

6) L’aubépine potentialise les médicaments pour le cœur
Cet arbuste piquant, orné de petites fleurs blanches, a la propriété de régulariser l’activité cardiaque. Il améliore l’efficacité des contractions du cœur et la circulation sanguine, donc son oxygénation lorsqu’il est affaibli. Mais l’aubépine s’invite aussi dans les compléments alimentaires pour réduire l’anxiété et améliorer le sommeil. Côté interactions, elle peut augmenter le pouvoir des médicaments contre l’hypertension et l’arythmie, mais aussi celui des vasodilatateurs. Ceci est potentiellement bénéfique, mais il faut d’abord obtenir l’accord de son médecin.

7) La sauge modifie l’action des médicaments du cerveau
La sauge s’utilise pour soulager l’inflammation de la gorge pendant un rhume mais aussi améliorer les problèmes digestifs ou même les soucis de mémoire. On doit son action anti-inflammatoire et neuro-protectrice à la présence d’acide rosmarinique. Les polysaccharides que renferment les feuilles de sauge auraient également un effet régulateur sur le système immunitaire. Parmi les interactions possibles, la sauge ne ferait pas bon ménage avec les anxiolytiques, les neuroleptiques et les antiépileptiques.

* Auteur du livre « Potions magiques de médecins oubliés », éd. Anfortas.

** Publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology

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Publié le dans Check-up

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