Perte de poids : les dernières pistes innovantes

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La population des personnes en surcharge pondérale pèse de plus en plus lourd dans le monde. Un fléau tel que de nombreuses équipes scientifiques se mobilisent pour trouver de nouvelles voies thérapeutiques. Et elles avancent.

L’obésité – qui correspond à un indice de masse corporelle supérieur (IMC) à 30 – et le surpoids (IMC supérieur à 25) constituent de véritables épidémies planétaires. Selon les chiffres communiqués par l’OMS, les personnes concernées dans le monde se comptent en centaines de millions. La France n’échappe pas à ce phénomène puisque une étude publiée en 2016 a montré qu’un habitant de l’Hexagone sur deux est trop gros (56,8 % d’hommes et 40,9 % de femmes). Ce qui a un impact considérable en termes de santé publique : augmentation de la survenue de maladies cardio-vasculaires, incidence sur l’émergence du diabète de type 2 et les cancers, l’infertilité et les troubles ostéo-articulaires. Face à cette hausse inquiétante, la médecine actuelle s’ingénie à trouver des solutions alternatives à la chirurgie (pose d’anneau gastrique, sleeve gastrectomie, by-pass) qui fonctionne bien mais ne va pas sans inconvénients ni complications.

Un ballon gastrique nouvelle génération
Si ces poches contenant de l’air ou une solution saline que l’on introduit dans l’estomac existent depuis une vingtaine d’années, une nouvelle déclinaison, Elipse™ a reçu une autorisation de mise sur le marché en décembre 2015. Contrairement à ceux qui étaient jusqu’alors disponibles, ce ballon ne nécessite pas d’opération, d’anesthésie ou d’endoscopie, ni lors la pose, ni pour la dépose. Il s’avale via une capsule, se déploie dans l’estomac puis se remplit grâce à un cathéter qui va de la bouche à l’estomac. Il reste en place pendant seize semaines avant que la fine membrane qui le recouvre se perce. Il s’élimine naturellement lorsque l’on va à la selle. Son action, qui doit être corrélée à un rééquilibrage alimentaire et à la pratique de l’exercice physique, est double. D’un côté, il stimule les barorécepteurs de l’estomac qui informent le cerveau sur l’état de satiété, de l’autre, il ralentit la vidange gastrique et fait donc que l’on perçoit moins la sensation de faim. « Son indication principale, ce sont les patients qui ont un IMC égal ou supérieur à 27 et qui ont besoin de perdre dix à quinze kilos. Mais employé chez des super-obèses, qui présentent un IMC au-dessus de 50, il provoque un amaigrissement qui peut les rendre éligibles à une anesthésie et donc à la chirurgie à laquelle ils n’avaient pas accès auparavant, notamment à cause de la difficulté à les ventiler pendant celle-ci », explique la Dr Sophie Al Samman-Zouaghi.

Les hormones digestives au cœur des recherches
Beaucoup de protocoles scientifiques visent à trouver le moyen de contrôler les hormones digestives. Il s’agit d’une part de stimuler la leptine. Celle-ci, qui est peu ou mal sécrétée chez les individus en surpoids, cible les neurones au niveau de l’hypothalamus pour y transmettre le signal de « suppression » de l’appétit. Et d’autre part de minorer le niveau de ghréline, substance qui augmente l’impression de faim. Si les premiers essais sur les humains n’ont pas été concluants et si l’on en est encore aux prémices des découvertes dans ce domaine, on peut imaginer que l’on disposera dans le futur de médicaments ou de thérapies géniques qui permettront de réguler ce tandem hormonal. « Il faut espérer que leur usage restera très réglementé », affirme notre spécialiste, qui redoute les dérives que pourrait susciter un tel exploit.

La stimulation des adipocytes bruns
Il existe dans notre organisme deux types de cellules dévolues au stockage des graisses, les adipocytes blancs (qui les emmagasinent) et les adipocytes bruns (qui les brûlent, notamment pour réguler la température corporelle). Ces derniers, très présents chez les nouveau-nés, déclinent considérablement sans toutefois disparaître chez l’adulte, au profit de leurs homologues blancs qui deviennent ultra-majoritaires. L’enjeu pour la recherche scientifique est donc de réussir à les favoriser. En 2016, une équipe de l’Inserm est ainsi parvenue à introduire in vitro un gène, Pax3, dans les « mauvais » adipocytes pour les transformer en « bons » adipocytes. Affaire à suivre, puisqu’il reste à obtenir le même résultat in vivo… En Australie, en 2011, des endocrinologues de Sydney ont cultivé avec succès ces mêmes adipocytes bruns, extraits des cellules souches de six patients, avant de les leur injecter. Appliquées à plus grande échelle, ces techniques pourraient constituer de puissantes armes dans le combat contre l’obésité et le surpoids.

La greffe de flore intestinale
Depuis le triomphe du Charme discret de l’intestin de Giula Enders, nul n’ignore l’incidence que le microbiote – « univers » bactérien qui réside dans nos intestins et qui compte jusqu’à dix fois plus de micro-organismes que nous possédons de cellules – a sur notre santé générale. Or, il s’avère que si l’obésité est corrélée à une prédisposition génétique, à de mauvaises habitudes alimentaires et à la sédentarité, elle est aussi liée à une dégradation de cette flore. Une expérience menée à l’université de Saint-Louis aux États-Unis sur des souris a prouvé que les animaux à qui on implantait des matières fécales de personnes obèses grossissaient alors que les receveurs de personnes minces conservaient un poids stable. Il est ainsi très envisageable de transposer prochainement ce procédé à l’humain, comme on le fait déjà pour le traitement des MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin). « Explorer le microbiote est fondamental. S’il y a un médicament qui voit le jour contre l’obésité, cela pourrait être cela, peut-être sous la forme de capsules de bactéries à ingérer… Je pense que cela va changer notre médecine dans ce domaine et d’autres, même s’il ne faut pas céder à l’effet de mode », souligne Sophie Al Samman-Zouaghi.

L’espoir d’une molécule « sport-like »
Et si l’on concevait un produit qui aurait les mêmes effets sur notre corps que l’exercice physique ? C’est précisément ce qu’a réussi à obtenir un groupe de chercheurs de l’université de Southampton, au Royaume-Uni. Baptisée « Compound 14 », cette molécule a pour mission d’aller leurrer les cellules métaboliques en leur faisant croire qu’elles sont à court d’énergie, ce qui accroît la combustion des calories. Efficace sur les rongeurs, elle pourrait permettre à long terme, là aussi, l’élaboration d’un médicament contre l’obésité, le surpoids et le diabète. « Mais rien ne pourra imiter complètement les effets vertueux du « vrai » sport, surtout sur le psychisme, nuance notre spécialiste. C’est certain que la médecine peut relever ce défi mais j’espère qu’on ne la prescrira pas sans les précautions éthiques nécessaires. » En attendant, surpoids ou pas, ne vous interdisez pas de sauter dans vos baskets pour aller brûler quelques calories.

Merci à Dr Sophie Al Samman-Zouaghi, chirurgienne digestive et médecin du surpoids et de l’obésité à Lyon.

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Publié le dans Check-up

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