Nanorobots : bienvenue dans la médecine du futur

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Ces engins minuscules pourraient bien révolutionner notre approche thérapeutique. Ils devraient à terme soigner des maladies jusqu’ici incurables, mais surtout les anticiper…

D’ici une dizaine d’années, l’infiniment petit devrait sauver des millions de vies. Cela sonne comme de la science-fiction, mais c’est la réalité. Sous le terme générique de nanorobots, les médecins élaborent des approches de diagnostic inédites, de nouveaux médicaments, mais aussi des machines capables de nous réparer de l’intérieur. La nanomédecine est l’un des plus grands enjeux de santé du moment.

Des as du diagnostic précoce
Appelés « boîtes quantiques », de petits processeurs phosphorescents sont désormais capables de se fixer sur les cellules cancéreuses pour permettre à n’importe quel système d’imagerie de localiser les métastases à un stade très précoce. En effet, ces miniboîtes sont programmées pour s’amalgamer aux peptides, des protéines sécrétées par les cellules tumorales à peine formées. Ce procédé révolutionnaire permet déjà de déterminer le degré d’agressivité d’un cancer, mais aussi de guider les médecins dans les traitements de radiothérapie localisée, qui visent à brûler aux rayons X les cellules cancéreuses. À terme, les scientifiques espèrent pouvoir laisser ces appareils dans le corps de toutes les personnes présentant un terrain génétique favorable à la survenue de la maladie.

Les chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont, quant à eux, le projet de faire ingurgiter au patient un stéthoscope sous forme de gélule. Dotée d’un microphone, celle-ci permettrait de détecter les ondes émises par le poumon et le cœur, et émettrait un signal en cas de fréquences cardiaques ou respiratoires anormales. Enfin, une équipe de l’Institut Max Planck Institute, en Allemagne, cherche à réaliser un microrobot (un peu plus gros qu’un nanorobot) équipé d’une caméra, qui nagerait dans nos liquides internes (sang, lymphe…) pour surveiller constamment nos organes.

Des thérapies superciblées
De nombreux médicaments sont actifs au niveau de l’éprouvette, mais sont progressivement détruits en passant les différentes barrières de l’organisme : membranes, liquides. Ce n’est pas le cas des nanomédicaments (70 fois plus petits qu’un cheveu) qui échappent à toutes les attaques. Une fois parvenues au cœur des organes, ces gélules libèrent les antigènes placés à leur surface. Ces derniers peuvent alors détecter les gènes des cellules malades et leur diffuser le principe actif sans l’adresser ailleurs dans l’organisme. C’est ce que l’on appelle la « vectorisation ». « C’est une avancée majeure, estime le Dr Louis Laurent, responsable de la direction Recherche et Veille de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Grâce à ce procédé, les effets secondaires violents sont divisés par deux. On ne tue plus les cellules saines, mais uniquement les mauvaises. »

Aujourd’hui, 49 nanomédicaments anticancer sont déjà commercialisés et donnent d’excellents résultats sur les tumeurs de la gorge, du larynx et du foie ; 179 autres sont à l’essai. La recherche estime que, d’ici quinze ans, grâce à ces traitements, le taux de mortalité des cancers pourrait être divisé par dix. De la même manière, en injectant les antibiotiques directement aux agents microbiens via les nanorobots, les scientifiques espèrent réduire le risque de résistance aux médicaments. Cette année, des chercheurs ont aussi mis au point une nanogélule de compléments alimentaires. Une fois avalée, elle pourra déterminer les carences du patient, puis lui délivrer le mélange nécessaire.

Des pros de la chirurgie
Des robots qui opèrent à la place des chirurgiens, on connaît déjà. Ce que proposent désormais les nanotechnologies, c’est d’intervenir de l’intérieur. Les chercheurs de l’université de Chonnam, en Corée du Sud, ont ainsi élaboré de minuscules robots d’un quart de millimètre. Équipés d’aiguilles rétractables, ils sont capables de remonter le courant sanguin dans une artère pour atteindre la zone à opérer. Pilotées à distance par le chirurgien, ces puces, pas plus épaisses que quatre cheveux humains, pourraient même être introduites directement dans les yeux du patient. Le MIT, de son côté, a mis au point des drones miniaturisés afin de décrasser les artères. Une fois positionnés sur les plaques d’athérome, responsables entre autres des infarctus et accidents cardio-vasculaires, ils sont programmés pour y libérer la protéine annexine A1, très efficaces pour les nettoyer. Une avancée déterminante, car cette protéine, utilisée par voie orale, est en grande partie détruite par l’estomac et ne passe pas les barrières plasmatiques, perdant beaucoup de son efficacité.

A quand une réglementation européenne ?
L’Agence française de sécurité et environnement (Afsset) met en garde contre la toxicité de certains matériaux potentiellement utilisée dans les nanorobots. Elle précise qu’« il n’existe pas à l’heure actuelle de données » sur la toxicité directe de ces produits sur l’homme « en raison de l’absence d’études épidémiologiques ». En attendant, l’Afsset « appelle, dès à présent, à un encadrement réglementaire renforcé des nanomatériaux manufacturés au niveau européen, afin de mieux caractériser chaque substance et ses usages, en prenant en compte l’ensemble du cycle de vie des produits ».

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Publié le dans Check-up

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