Mon foie ne connaît pas la crise

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On prend soin de notre cœur, de nos intestins, de notre cerveau… mais le foie est le nouvel organe que les spécialistes nous recommandent de chouchouter. Encore faut-il savoir comment.

Impossible de survivre sans foie tant celui-ci intervient dans des processus métaboliques cruciaux. Un de ses rôles principaux : transformer les nutriments de notre alimentation (glucides, protéines, graisses…) en sources d’énergie et favoriser l’absorption des vitamines et minéraux. Il œuvre de concert avec le pancréas et la vésicule biliaire pour nous permettre de bien digérer. Il métabolise aussi les médicaments qu’on avale : sans lui, ces derniers resteraient sans effet. L’équilibre du taux de sucre et de lipides dans le sang ? Lui encore ! Car il stocke le sucre qu’il relâche selon nos besoins et produit la bile indispensable pour dégrader et absorber les graisses. Enfin, c’est une véritable usine d’épuration de l’organisme qui filtre et élimine les déchets dangereux (toxines, additifs alimentaires, bactéries…) présents dans le sang.

Alcool, sucres et graisses, la combinaison perdante !
Plutôt résistant, le foie a la particularité de se régénérer… mais pas à l’infini. Si on le fragilise trop, cela peut avoir des conséquences lourdes. Or, il est mis à mal par tous les excès. On pense à l’alcool pris de manière chronique et à haute dose, qui cause des cirrhoses. Mais il supporte mal également l’accumulation de polluants (qui l’obligent à mettre les bouchées doubles pour tout éliminer) et surtout une alimentation déséquilibrée. La stéatose hépatique non alcoolique, troisième cause de dysfonctionnement derrière l’alcoolisme et l’hépatite C, concernerait 20 % des Français. Aussi appelée maladie du « foie gras », elle résulte d’une accumulation de graisses (en particulier les triglycérides) dans les cellules hépatiques. Très souvent associée à l’obésité et/ou au diabète, elle résulte notamment d’un excès de graisses saturées. Mais attention aussi aux effets du sucre, en particulier du fructose ajouté dans les produits transformés (pas celui des fruits) : toute la quantité qu’on avale parvient jusqu’au foie et le surplus y finit transformé en acides gras puis stocké sous forme de triglycérides.

Bilan (de compétences) recommandé
« Le problème, c’est que le foie souffre longtemps en silence, sans signal d’alerte, et que l’on découvre souvent une cirrhose à un stade déjà avancé », note le Pr Didier Samuel, hépatologue. Certains signes doivent quand même pousser à faire inspecter son foie d’un peu plus près : fatigue persistante, manque de tonus, nausées et douleurs abdominales, troubles digestifs, nombreux bleus, teint jaune, troubles de la mémoire… Le médecin conseille aussi de faire un bilan hépatique si l’on a certains facteurs de risque : consommation quotidienne d’alcool, syndrome métabolique avec surpoids, diabète ou taux de cholestérol et triglycérides élevés, ou encore risque d’hépatite B ou C. Un simple bilan sanguin qui dose les transaminases (enzymes du foie) peut déjà indiquer un dysfonctionnement. Une échographie permet ensuite de repérer un foie gras ou la présence de fibrose. Un foie en mauvaise santé présente une surface bosselée et granuleuse. Si la fibrose s’étend, il devient dur, c’est le stade de cirrhose.

Objectif protection rapprochée
La bonne nouvelle, c’est qu’une pathologie du foie prise assez tôt est souvent réversible avec le bon traitement. Il peut en effet se régénérer si au moins un tiers de sa masse est resté sain : les cellules vont alors se multiplier jusqu’à remplacer les tissus endommagés. Pour lui permettre de se requinquer (ou encore mieux, éviter de l’abîmer), on évite de consommer plus de 2 verres de vin (ou 1 verre d’alcool fort) par jour chez la femme. Mieux vaut limiter aussi les produits transformés (charcuteries, viennoiseries et biscuits, boissons sucrées, etc.), souvent trop riches en sucres cachés et en graisses saturées. Et pratiquer une activité physique régulière car cela permet de brûler les graisses pour éviter leur accumulation dans le foie. De plus, perdre un excès de poids est toujours bon : en 2016, dans une étude chez des personnes obèses, une diminution de 5 % du poids s’est traduite par une réduction nette des graisses dans le foie.

Mollo avec certains traitements
Presque tous les médicaments ont un degré de toxicité sur le foie. C’est particulièrement vrai lorsqu’on prend des statines contre le cholestérol (certaines augmentent le taux de transaminases, les enzymes du foie), un antihypertenseur, des antidépresseurs ou encore certains médicaments pour le cœur type amiodarone. Le paracétamol, lui, est surtout toxique si l’on en avale plus de 3 à 4 g par jour sur plusieurs jours, avec un risque d’hépatite et d’insuffisance hépatique réel. On ne se bourre pas d’antidouleurs pendant plus de cinq jours, et on fait un bilan hépatique tous les six mois si on prend un traitement au long cours.

Merci au professeur Didier Samuel, hépatologue et gastro-entérologue, auteur de « La crise de foie n’existe pas ! » (éd. Marabout).

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Publié le dans Check-up

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