Jardinage : la nouvelle thérapie santé ?

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Soigner des patients atteints d’Alzheimer, d’autisme ou de schizophrénie grâce à un potager ou des massifs de fleurs, ça marche ? Oui, et de plus en plus d’établissements s’y mettent.

De larges allées bordées de parterres fleuris, quelques arbres fruitiers et un coin potager… Depuis mars dernier, à l’Ehpad La Charmille – une maison de retraite médicalisée située en Moselle –, les 24 résidents atteints d’Alzheimer profitent d’un beau jardin de 1 200 m2. Grâce à ses chemins adaptés aux fauteuils roulants, ses mains courantes et ses bancs installés tous les quinze mètres, ils peuvent y déambuler durant la journée en toute sécurité. Un luxe ? « Non, un outil thérapeutique », insiste Éric Morgenthaler, directeur de l’établissement. Car cet espace arboré n’est pas seulement contemplatif. Les kinésithérapeutes et ergothérapeutes s’en servent pour leurs séances et il a été pensé pour stimuler les sens et les fonctions cognitives des patients. Ils s’y promènent, profitent des couleurs, des odeurs et du chant du vent dans les feuilles. Mais ils mettent aussi les mains dans la terre, cultivent des tomates et des fraisiers ou récoltent des plantes pour la tisane.

Loin d’être un gadget, les jardins dits « thérapeutiques » ou « de soin » fleurissent depuis une dizaine d’années en France. Il était temps ! Car outre-Atlantique, leurs vertus sont reconnues depuis le XVIIIe siècle. En 1798 déjà, le psychiatre Benjamin Rush enjoignait ses patients atteints de maladies mentales à jardiner pour améliorer leur bien-être. En France, il a fallu attendre 2008 pour que le plan Alzheimer inclue les jardins thérapeutiques dans ses recommandations. « En plus de faciliter la résurgence de souvenirs, nous observons des effets positifs sur le sommeil et l’anxiété », pointe Thérèse Jonveaux, responsable de l’unité cognitivo-comportementale au CHU de Nancy… dont le jardin est accessible même la nuit !

Des effets qui s’avèrent utiles dans d’autres pathologies. À Caen, le centre anticancer François Baclesse dispose d’un espace végétal de 750 m2 depuis trois ans. « Les patients peuvent s’y rendre avec des appareils médicaux encombrants, précise Hélène Bru, à l’origine du projet. Chez ces malades, dont les sens ont été mis à mal par la chimio ou la radiothérapie, le jardin permet d’apaiser mais aussi de solliciter les cinq sens. » On y trouve donc des herbes aromatiques, un « arbre caramel » qui diffuse une odeur sucrée lorsque l’on froisse ses feuilles, une fontaine, des arbustes taillés à bonne hauteur pour pouvoir les toucher… « Le jardin m’a sauvé la vie, assène Madeleine Jauneaux, patiente du centre. En promenade, j’oubliais l’univers déprimant de l’hôpital et voir ces belles plantes m’a redonné envie de jardiner à la maison. Dès que j’ai pu m’y remettre, ça m’a boostée. Le jardinage, c’est la magie de la vie ! Vous enfouissez des graines et un peu plus tard, quelque chose de beau en sort. Cela vous motive à refaire des projets ! »

Anne Ribes, fondatrice de l’association Belles plantes, est convaincue depuis longtemps de ces bienfaits. L’infirmière a inauguré son premier jardin de soin en 1997 pour les enfants autistes de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Une fois par semaine, pendant deux heures, des jeunes de 7 à 13 ans viennent s’occuper de ce petit bout de terre. « Ces enfants sont très sensibles, pointe la pionnière. Arroser, gratter la terre, semer, cueillir des fleurs ou même monter dans les arbres leur donne du plaisir et les reconnecte à leur environnement. » La séance se termine invariablement par le rituel de la tisane, transition en douceur vers le retour à l’intérieur.

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Publié le dans Check-up

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