Alzheimer : prévention, risques, diagnostic…

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Lorsque la maladie nous touche ou concerne l’un de nos proches, on a le sentiment que la recherche progresse lentement, trop lentement… « Au contraire, elle a avancé à pas de géant ces dernières années. Sur le plan du diagnostic d’abord, qui est désormais plus sûr avec des critères cliniques définis, dès les premiers stades de la maladie. Sur celui des bonnes pratiques de prévention aussi pour agir précocement afin de ne pas aggraver la pathologie. Et sur les recherches thérapeutiques, qui sont actuellement bien plus nombreuses pour Alzheimer que pour d’autres pathologies », explique la Dr Maï Panchal, directrice scientifique de la fondation Vaincre Alzheimer, qui a déjà financé 64 projets de recherche depuis 2005.

Prévention : un nouvel arsenal
La stratégie miracle anti-Alzheimer n’existe pas encore mais de nombreuses études validées ont établi le rôle protecteur de certaines pratiques faciles à mettre en place :

  • Réseau social plutôt que sudoku. Bien sûr que le fait de remplir des grilles de chiffres ou de mots croisés met au travail nos neurones ! De même que lire, jouer aux cartes, faire des jeux de société, visiter des musées… Si l’on estime aujourd’hui que ces pratiques quotidiennes pourraient réduire de 50 % le risque de développer Alzheimer, cela ne suffit pas ! Ce qui compte également, c’est la richesse de son réseau social : randonner entre amis, partir en excursion en groupe ou même visiter une expo en solo mais la raconter à sa meilleure amie, voilà ce qui stimule notre cerveau.
  • Bougeotte plus profitable que farniente. La retraite ne sert pas uniquement à se reposer ! Un peu, c’est bien, mais on sait aujourd’hui que l’activité physique (adaptée au goût et au niveau de chacun) protège de la maladie. D’abord, elle lutte efficacement contre le risque cardio-vasculaire (diabète, excès de cholestérol…) favorisant Alzheimer. Ensuite, elle est un bon vecteur de lien social dont on vient de voir le bénéfice.
  • Assiette du sud meilleure que celle du nord. Les résultats de plusieurs études sur la diète méditerranéenne convergent : un risque de mortalité et de maladies cardio-vasculaires plus faible avec des menus antioxydants, riches en vitamine C et E, de bons apports en graisses insaturées (huiles végétales, poissons gras… ) utiles au cerveau, un peu de vin rouge aux flavonoïdes (antioxydants) protecteurs des cellules. Ça vaut le coup de troquer les frites contre les poêlées de légumes et les beignets au sucre contre la compote maison !

Risques : bien mieux identifiés

On le sait, l’âge est le facteur principal de la maladie. « Ce qui ne veut pas dire qu’à l’heure où l’on fête ses 60 printemps, on est systématiquement concerné. C’est la prévalence d’Alzheimer qui augmente avec l’âge mais d’autres facteurs de risques bien définis aujourd’hui entrent en ligne de compte », souligne l’experte.

  • La génétique. Depuis la mise au point de nouvelles technologies, des études d’envergure portant sur plus de 70 000 échantillons d’ADN de personnes saines et malades ont pu démontrer que certaines avaient dès leur naissance une prédisposition génétique à développer la maladie. Mais si ces déterminants génétiques permettent de mieux comprendre les causes d’Alzheimer, ils restent des facteurs de risques et ne servent pas à diagnostiquer la maladie.
  • La mauvaise qualité du sommeil. En 2016, la Dr Géraldine Rauchs a établi que les difficultés d’endormissement constituaient un facteur aggravant de la maladie en favorisant l’accumulation des plaques amyloïdes dans le cerveau. – Une découverte qui incite à agir sur la qualité du sommeil en recalant son rythme circadien via l’activité physique, la luminothérapie, l’arrêt des écrans le soir… afin de favoriser la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil.
  • Les affections chroniques. Diabète, hypertension et hypercholestérolémie jouent un rôle dans le déclin des fonctions cognitives et le risque de développer Alzheimer.
  • Le niveau d’éducation. Les personnes dotées d’un haut niveau d’étude leur permettant de disposer d’une grande « réserve cognitive » parviendraient à mieux « compenser » la perte de certaines fonctions et donc à mieux lutter contre la perte d’autonomie.
  • Le sexe. Hommes et femmes ne sont pas égaux face à Alzheimer : plusieurs études ont montré une incidence plus élevée chez ces dernières. Mais comme la maladie est plus fréquente à partir de 80 ans, cela pourrait simplement tenir au fait que nous vivons plus longtemps que ces messieurs.

Diagnostic : on y voit plus clair !

Avant l’an 2000, on posait un diagnostic d’exclusion. En clair, si d’autres affections neurologiques ou démences n’étaient pas clairement dépistées, on suspectait Alzheimer. Et seul un examen post-mortem pouvait constater ou non la présence des lésions cérébrales caractéristiques de la pathologie. Mais depuis, une petite révolution s’est produite. Sur le plan clinique, on sait désormais que dès ses débuts, la maladie provoque une atrophie de l’hippocampe et une altération de la mémoire épisodique, autrement dit celle des faits récents. En 2007, des tests neuropsychologiques ont été mis au point pour détecter de façon précoce ce trouble de la mémoire spécifique d’Alzheimer : le syndrome amnésique de type hippocampique.
Désormais, on définit la maladie par l’association de deux lésions cérébrales. L’accumulation de peptides bêta-amyloïdes qui forment des plaques amyloïdes entre les neurones, empêchant leurs connexions, et l’agrégation des protéines tau modifiées chimiquement, qui se propagent d’un neurone à un autre et entraînent leur mort. Pour diagnostiquer Alzheimer, on prescrit d’abord des examens sanguins afin d’éliminer d’autres pathologies pouvant expliquer les troubles cognitifs (carence en vitamines, troubles de thyroïde…), ainsi qu’une imagerie cérébrale. L’IRM permet d’éliminer d’autres causes (AVC passé inaperçu, lésions vasculaires…) et de mesurer l’atrophie de l’hippocampe : cela donne une idée de l’avancée de la maladie. En complément, le PET-Scan FDG (imagerie grâce à laquelle on visualise le fonctionnement des organes) mesure le niveau de glucose dans le cerveau : en baisse, il témoigne d’une réduction du métabolisme des neurones observée dans le cadre de la maladie. Le PET-Scan amyloïde analyse, quant à lui, la quantité de lésions cérébrales (plaques amyloïdes). Ces résultats sont ensuite confrontés à ceux des tests neuropsychologiques. Et lorsque l’ensemble de ces examens ne permet pas de diagnostiquer sans conteste Alzheimer, on peut désormais confirmer le diagnostic avec une ponction lombaire. Autant de dispositifs qui, depuis peu, permettent de diagnostiquer la maladie dans plus de 95 % des cas, même à un stade très précoce.

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