Séries télé : nos régions crèvent l’écran !

© F.LEFEBVRE/FTV

Face à la déferlante des séries américaines, les auteurs français ont trouvé la parade : situer l’action loin de la capitale. Un succès aux multiples répercussions, y compris économiques.

Avec ses intrigues alsaciennes, périgourdines ou nordistes, Capitaine Marleau a été la fiction française la plus vue de 2017, hissant France 3 en haut du podium. Mais elle n’est pas la seule : Candice Renoir (France 2) bat des records de popularité avec son commissariat sétois, Alex Hugo (France 2) connaît l’ivresse des cimes alpines, Le Tueur du lac (TF1) terrorise Annecy et Section de recherches (TF1) s’est délocalisée à Nice… Non seulement les séries françaises plaisent de plus en plus, au point de battre régulièrement leurs homologues américaines, mais elles montrent de la France une autre image qu’un banal feuilleton policier ayant pour cadre la PJ parisienne. « Il y a toujours eu des tournages en région. Regardez Les Cinq Dernières Minutes, Maigret, ou même L’Instit qui traversait la France avec sa moto. La différence, c’est qu’aujourd’hui c’est « marketé » et que l’on communique dessus », explique Benoît Lagane, journaliste sur France Inter et auteur d’un spectacle sur la télévision, Le Conteur cathodique.

Des aides régionales se sont aussi structurées et ont poussé les chaînes à sortir des murs bétonnés du périphérique, créant des accueils de tournage dans toute la France, comme en Bretagne avec le FACCA (Fonds d’aide à la création cinématique et audiovisuel) où les budgets attribués ont été triplés depuis sa création en 2004. Et où les projets affluent : plus de 200 demandes par an pour 15 projets aboutis. « Pendant longtemps, tourner en région n’était pas forcément rentable, il fallait transporter toutes les équipes depuis Paris, les loger, déplacer un matériel complet. Aujourd’hui, les techniques de prises de vues sont bien plus légères », analyse Vincent Meslet, producteur de Demain nous appartient sur TF1. Au début des années 2010, France 3, avec sa contrainte de chaîne patrimoniale, décide d’adapter un succès allemand, Tatort, une série policière des années 1970 qui se promène dans toutes les Länder outre-Rhin. C’est le début des Meurtres à…, une collection réalisée en partenariat avec la région dans laquelle l’épisode est tourné. Le premier, Meurtres à Saint-Malo, mettait en scène Bruno Solo. Depuis, le succès de la série ne se dément pas, propulsant régulièrement France 3 en tête des audiences.

Ni carte postale ni caricature
Du côté des feuilletons quotidiens, l’implantation en province fonctionne aussi, comme le montre le succès de Plus belle la vie. La façon de filmer évolue elle aussi : « On ne propose pas une carte postale de Marseille et de la région, ce n’est ni une image d’Épinal ni une caricature du terroir », explique Sébastien Charbit, producteur du feuilleton quotidien. « On la filme comme elle est, avec ses différents quartiers, la Corniche, la mer, le Mucem… on la montre dans sa pluralité. Pour un prochain prime time, nous sommes en train de repérer un décor mais c’est lui qui servira de trame à l’histoire, pas l’inverse », annonce-t-il. Même ambition pour Candice Renoir, ce personnage de flic mère de famille complètement décalé incarné par la solaire Cécile Bois. Ce programme diffusé sur France 2 marche très fort, au point d’en être à sa sixième saison : « Les producteurs français ont compris comment optimiser l’endroit dans lesquels ils filmaient, comme l’ont fait avant eux les Américains avec Les Experts par exemple, souligne Caroline Lassa, productrice de Candice Renoir. Visuellement, c’est plus riche. Le décor est devenu un vrai personnage secondaire. Et ça plaît. »

Saturé des séries américaines
Aux États-Unis, le mouvement a aussi été initié. « On est saturé des séries qui montrent New York ou Las Vegas. Les auteurs et les producteurs l’ont bien compris. On voyage aujourd’hui par le biais de la fiction dans de petits États, comme le Dakota, ou la Virginie dont on ne connaît encore rien. Les téléspectateurs ont un vrai intérêt pour la nouveauté, pour apprendre aussi des choses », souligne le sémiologue et spécialiste des séries François Jost. Chez nous, les régions y trouvent un réel intérêt, d’abord financier : « on dit qu’en moyenne, 1 euro déboursé c’est 5 euros qui retournent à la région », souligne Delphine Jouan, coordinatrice générale d’accueil des tournages en Bretagne. Mais aussi touristique : les fans affluent, même s’il est difficile de les quantifier. Commissaire Dupin, diffusée récemment sur France 3, une fiction écrite par le Francfortois Jörg Bong mais tournée intégralement en Bretagne, fait venir quantité d’Allemands sur les lieux des différents épisodes, de Pont-Aven à Quimper en passant par Concarneau. « C’est la même chose que pour Game of Thrones : l’Andalousie et le Nord de l’Irlande, lieux de tournage, ont capté une nouvelle clientèle », décrypte Delphine Jouan. Dans le Sud de la France, les précurseurs sont à chercher du côté de Plus belle la vie, dont les équipes se sont installées dans les studios du quartier de la Belle de Mai, à Marseille depuis une quinzaine d’années. D’autres les ont rejoints. « Candice Renoir, qui a été vendue dans 70 pays, fait venir des fans de toute la France, mais aussi de Belgique », remarque Stéphanie Bertrand, la directrice de la communication de la ville de Sète. L’été dernier, la ville a même organisé une visite des sites de tournages de l’autre série sétoise, Demain nous appartient (TF1) où le public s’est précipité. Une nouvelle façon de voyager ? En tout cas une tendance qui n’est pas près de s’essouffler !

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