Retravailler juste pour le plaisir

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Pour garder la forme, rencontrer du monde ou arrondir les fins de mois, ils ont repris du service. Oui mais à leur rythme et selon leur désir. Et ça change tout.

« Je joue à la marchande et ça mamuse », Bernadette , 63 ans*.
«  Quand j’ai arrêté de travailler, je ne me voyais pas rester à la maison. J’ai besoin de rencontrer des gens. Je n’avais pas spécialement envie de voyager, comme le font beaucoup de retraités : j’ai peur de l’avion ! Je me suis tournée dans un premier temps vers l’associatif et puis, ma fille Virginie, qui travaillait dans le milieu de la mode, a eu l’idée d’ouvrir une boutique pour permettre à des amies créatrices de se faire connaître. Un pari qui me semblait risqué, alors je l’ai convaincue de ne pas démissionner de son job et de me laisser jouer à la marchande à sa place. Je ne lui coûtais pas bien cher, ce qui permettait de lancer l’activité sereinement et je m’en sentais capable, dans la mesure où j’ai été conseillère clientèle dans une banque pendant 20 ans et que j’aime m’habiller. Résultat : aujourd’hui, je m’amuse. J’aime l’état d’esprit de l’endroit, des clients. J’en conseille même certains sur leurs prêts immobiliers ! Je ne sais pas jusqu’à quand je continuerai, mais pour le moment, mon mari cautionne – c’est même lui qui me prépare mon déjeuner et qui garde nos petits-enfants si besoin – et comme le bail de la boutique vient d’être resigné pour 9 ans… »

*Gérante d’une boutique de créateurs en prêt-à-porter et accessoires (La Penderies – 55 rue du Mont-Cenis – 75018 Paris)

« Pas de patron et un emploi du temps souple », Nicole, 66 ans*.
«Pendant 32 ans j’ai été secrétaire de direction et j’ai toujours aimé écrire, rédiger des poèmes. Après un licenciement économique, à 61 ans, j’ai fait un bilan de compétences et l’idée de devenir écrivain public a émergé naturellement. Cela correspondait à ce que j’aimais et à ce que je voulais : plus de patron, un emploi du temps souple et la possibilité de travailler chez moi. J’ai un statut d’auto-entrepreneur et je travaille en moyenne douze heures par semaine. Je rédige des courriers administratifs ou des lettres de candidatures pour des personnes qui ne se sentent pas à l’aise avec ce type de correspondance. Je prête aussi main forte à des étudiants, je corrige leurs mémoires et leurs rapports de stage. C’est passionnant, j’apprends plein de choses et je me sens utile. Depuis peu, je m’occupe aussi du courrier d’un écrivain et de la relecture de ses manuscrits. Ces revenus supplémentaires me permettent d’aider mes enfants à financer leurs études. Sans cela, je ne pourrais pas, avec une retraite de 1400 € et le loyer d’un appartement à Paris. Mais même après, quand ma fille volera de ses propres ailes, d’ici un ou deux ans, je continuerai car j’aime ce que je fais. Je m’orienterai sans doute vers quelque chose de plus personnel dans l’écriture. J’ai d’ailleurs déjà été contactée par une maison d’édition. »

*écrivain public

« Heureusement que mon épouse est comme moi ! », Gérard, 72 ans*.
« Ancien ingénieur dans le bâtiment, j’ai toujours beaucoup travaillé et je ne sais pas faire autrement. Lorsque j’ai pris ma retraite, je me suis inscrit sur un site d’emploi pour les seniors. Après quelques collaborations plus ou moins abouties, j’ai fini par trouver le projet qui m’intéressait… Avec deux associés, nous avons monté une société qui organise des opérations événementielles liées au golf, une manière pour les entreprises de soigner leurs relations publiques tout en pratiquant. Je m’occupe d’une grande partie de l’administratif, notamment de la comptabilité. Pour le moment, nous gagnons peu d’argent mais nous avons bon espoir, ça marche bien. Cette semaine, par exemple, j’ai dû travailler tous les jours, samedi et dimanche compris. Cela dit, ce n’est pas toujours aussi intense, et je garde du temps pour mes autres hobbies : je suis militant politique, je peins des figurines de plomb et jardine beaucoup. Heureusement que mon épouse est comme moi et qu’elle a beaucoup de passions, du coup, elle ne se plaint pas de mon hyperactivité ! »

*Président d’une société d’événementiel spécialisée dans le golf (GolfCom Strategy, www.golf-com-strategy.com)

« Je gagne le droit de me faire plaisir », Christiane, 69 ans*.
« A dix ans, je voulais déjà être pharmacienne. Je lisais les notices des boîtes de médicaments et je les apprenais par cœur. J’ai adoré ce métier que j’ai pratiqué pendant 25 ans mais quand vous êtes pharmacienne, vous travaillez dix heures par jour, et vous n’avez pas le temps de vous consacrer à autre chose. Mon autre passion, c’est la cuisine. La pharmacie et la cuisine, c’est la même chose : de la chimie. Alors quand je me suis arrêtée il y a quatre ans, j’ai décidé de m’y mettre sérieusement – je veux dire, pas seulement faire des gâteaux pour mes six petits-enfants. Je suis inscrite sur le site Vizeat, un site de tables d’hôte. Le principe ? Nous recevons six convives à dîner chez nous. Beaucoup de touristes américains en recherche d’authenticité. Je cuisine les produits de terroir, de saison, et mon mari ouvre sa cave à vin. Ca ne me rapporte pas beaucoup d’argent, mais c’est l’occasion de faire des rencontres, de passer des soirées agréables. Et puis, quand vous êtes à la retraite, vous n’avez pas vraiment le sentiment de gagner votre vie – vous touchez votre pension, mais ce n’est pas pareil. Là, quand je me fais un petit plaisir, je me dis que j’ai gagné le droit de le faire. Que je le mérite. »
*chef à domicile.

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Prête à vous lancer ?

– Contactez votre caisse de retraite. Pour savoir si vous pouvez cumuler pension et activité rémunéré Normalement, toute personne qui a obtenu ses retraites de base et complémentaires peut reprendre un travail. Vous continuerez à toucher votre retraite à taux plein si vous avez plus de 67 ans (ou 65, selon votre année de naissance) ou si vous avez plus de 62 ans et tous vos trimestres. Sinon, vous serez soumis à un plafonnement de vos revenus. Il diffère selon le régime dont vous dépendez. Pour les ex salariés du régime général, par exemple, le revenu retraite + salaire ne doit pas dépasser la moyenne mensuelle de ses trois derniers salaires; ou si le calcul est plus avantageux pour lui, 1,6 fois le Smic, soit 2332 euros bruts.

– Choisissez votre statut. Salarié, auto-entrepreneur ou libéral? Tout est permis. Beaucoup de retraités décident de se lancer en tant qu’auto-entrepreneurs. Les anciens salariés ont, pour leur part, une carence de six mois pour pouvoir retravailler dans l’entreprise qui les employait avant leur dé

– Repérez les recruteurs potentiels. Les particuliers font facilement confiance aux retraités pour les missions de bricolage, de jardinage mais aussi pour la garde d’ Ils apparaissent comme une solution rassurante et fiable. Côté entreprises, les PME recherchent souvent des seniors pour assurer quelques heures de secrétariat ou de comptabilité. Depuis quelques années, les retraités sont également prisés en tant que mandataires dans l’immobilier, un statut de négociateur indépendant rémunéré à la commission. Enfin, le transport scolaire, qui ne nécessite que quelques heures d’activité matin et soir, est aussi pourvoyeur d’emploi.

– Surfez aussi sur Internet. Plusieurs sites mettent en relation les seniors avec des recruteurs, tels que www.seniorjob.fr ou www.seniorsavotreservice.com

– Révisez vos droits. En théorie, il n’y a pas d’âge limite. Mais un employeur a le droit de mettre un salarié à la retraite d’office à 70 ans, sans son accord. 

Merci à Valérie Gruau, fondatrice du site seniorsavotreservice.com

Publié le dans Changer d'air

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