Expo : Basquiat-Schiele, génies parallèles

Mathias Kessler

La fondation Louis Vuitton organise une double expo sur deux peintres qui n’ont a priori rien à voir. Vraiment ?

Attention, il ne s’agit pas d’un de ces « dialogues » entre œuvres très à la mode ces temps derniers, mais de deux expositions distinctes, bien qu’un seul et même billet permette de visiter, en une seule fois, cette manifestation conçue comme un tout. Quel rapport peut-il y avoir entre Jean-Michel Basquiat, génie haïtien de l’art contemporain mort prématurément en 1988 et Egon Schiele, figure tourmentée de l’école viennoise du début du XXe siècle ? A priori pas grand-chose. Certes, tous deux sont morts jeunes – à 27 et 28 ans –, l’un d’une overdose, l’autre de la grippe espagnole, mais c’est un lien ténu. Si la fondation Louis Vuitton a choisi de mettre ces deux artistes a priori si éloignés en parallèle, c’est d’abord en raison de la puissance qui se dégage de leurs travaux respectifs.

Pour la directrice artistique de la Fondation, « Ces deux œuvres d’une rare intensité traduisent d’une façon fulgurante et irréductible une profonde détresse, très incarnée par un trait particulièrement percutant. » Chez Schiele, « Une ligne distordue et torturée pose des interrogations inquiètes et ose dire la sexualité crue à travers une introspection implacable et le regard sans bienveillance qu’il pose sur lui-même et ses modèles. » Chez Basquiat, « Un trait irrigué d’une impulsion juvénile et porté par une véritable rage se donne pour mission d’imposer la présence de la figure noire, suite au constat douloureux que fait l’artiste de son absence dans le monde de l’art. »

Les arguments des organisateurs sont peut-être un peu tirés par les cheveux – des artistes maudits, il y en a beaucoup d’autres – mais ne boudons pas notre plaisir. Ces deux monographies, de par la nature (et la quantité) des pièces exposées au public, n’en sont pas moins des événements exceptionnels.

On pourra, pour la partie consacrée à Schiele, admirer 120 dessins, gouaches et peintures provenant des collections de la Fondation mais aussi du monde entier – Vienne, Prague, New York, Nuremberg ou Washington. Quant à Basquiat, c’est la première fois qu’une expo de cette ampleur lui est consacrée en Europe. 135 toiles en tout, dont les fameuses Heads, ses célèbres grands formats ici réunis. On pourra préférer l’un à l’autre mais pourquoi se priver de la découverte quand on peut avoir deux génies pour le prix d’un ?

Jean-Michel Basquiat-Egon Schiele, fondation Louis Vuitton, jusqu’au 14 janvier. Entrée 16 €. fondationlouisvuitton.fr

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