Canaries : à chacun son île

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On les connaît pour leur soleil d’hiver et leurs plages offertes aux touristes. On oublie que ces terres espagnoles, situées au large des côtes marocaines, cachent des paysages insoupçonnés et des personnalités bien trempées. Exotisme garanti, à moins de quatre heures de la France.

Tenerife, un peu plus près des étoiles
Coincée entre les montagnes et l’Atlantique, la capitale Santa Cruz n’a conservé que de rares traces de son passé colonial. Elle préfère regarder vers le futur. Les amateurs d’architecture contemporaine seront aux anges ! Posé au bord des flots, l’auditorium Adán Martín conçu par Santiago Calatrava déploie une gigantesque voile en béton, flottant dans les airs. Bluffant ! Dessiné par les Suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, le bâtiment gris aux lignes strictes du musée TEA, piqueté de minuscules fenêtres, accueille des expositions d’art moderne. Pour retrouver une touche coloniale, il faut filer vers San Cristóbal de La Laguna, au cœur des terres. Malgré ses églises, ses palais ornés de balcons ouvragés et ses patios verdoyants, n’allez pas croire que la première capitale de l’île (elle fut fondée en 1496) est une belle endormie. Des milliers d’étudiants animent chaque soir les rues du cœur historique. Sur la côte ouest, La Orotava est plus tranquille. Ses venelles escarpées à flanc de colline dévoilent de somptueux points de vue.

Tenerife est vaste, 80 km de long. Aux stations balnéaires du sud qui bordent les plages de sable blond ou noir, on préférera les coteaux escarpés du nord, arrosés par les alizés et plantés de 8 000 hectares de vignes se déroulant jusqu’à l’Atlantique. Entre la visite du chai où sont alignées des dizaines de barriques scellées par des feuilles de bananiers et la dégustation des listán negro et listán blanco, on ressort de la Bodega Monje plus gai ! Et puis, que serait Tenerife sans le volcan du Teide qui culmine à 3718 m ? Éboulis rocheux et mers de lave, plaines lunaires plantées de rares buissons, canyons et cheminées de pierre : la route qui mène à l’imposant cône invite à la contemplation. Une vingtaine de sentiers – pour tous mollets ! –, explorent les flancs du volcan. On peut aussi approcher le sommet, parfois poudré de neige en hiver, en téléphérique. La température y est froide (3 à 5 °C), mais de là-haut, le panorama est époustouflant.

Grande Canarie, concentré de planète

C’est une sacrée plage ! Six kilomètres de dunes les pieds dans l’Atlantique… Maspalomas est l’une des curiosités naturelles de la troisième plus grande île (45 km de diamètre) de l’archipel, en bordure de la station balnéaire de Playa del Inglés. Il faut compter vingt minutes de marche pour traverser cette mer de sable et rejoindre l’Atlantique. L’océan est certes plus frisquet que la Méditerranée mais même en hiver, dans une eau à 18 °C, on peut y faire trempette. De là, des routes escarpées permettent de découvrir des trésors insoupçonnés. Chaque dimanche, les montagnes qui flirtent avec les 2 000 mètres de hauteur résonnent du brouhaha des Canariens venus chercher la fraîcheur dans les forêts de pins ou au bord des lacs… Déchiquetée comme les pics de La Réunion, balafrée par des canyons aux faux airs d’Amérique, exotique lorsque jaillissent de ses oasis des bouquets de palmiers, Grande Canarie concentre tous les paysages du monde. On pourrait même se croire aux Caraïbes en explorant les vegas, les vallées fertiles du nord plantées de bananiers.

Ce patchwork fait écho aux cultures entremêlées, entre traditions espagnoles, accents latino et racines berbères. Filez à Arucas, petite cité enroulée autour d’une cathédrale néogothique, dont l’atmosphère est chargée de doux effluves. Elle est la capitale de la culture bananière et produit du rhum. Facile à repérer avec sa haute cheminée, la distillerie Arehucas abrite 6 000 fûts de chêne. Mise en bouche obligatoire, avant l’incontournable dégustation !

Fuerteventura, paradis sauvage
Des paysages désertiques qui évoquent tantôt l’Arizona, tantôt le Sahara… Quel choc ! Fuerteventura, la deuxième île des Canaries par la taille, qui ne compte que 100 000 habitants. Elle est aussi la plus proche de l’Afrique, à une centaine de kilomètres. On y vient pour ses plages au sable farineux, les plus belles des Canaries assurent les locaux ! Oubliez celles du sud, squattées par les Anglo-Saxons, pour préférer le parc naturel des dunes de Corrajelo, qui s’étire tout au nord dans une ambiance roots ! On y plébiscite également la randonnée, sur les 255 km de sentiers balisés, à la découverte des montagnes pelées (807 m pour la plus haute), des cônes volcaniques éteints et des malpaís (coulées de lave). Rien ne pousse dans ce décor minéral, excepté quelques rares palmiers, euphorbes et dragonniers, l’arbre emblématique des Canaries. Le vent rend la randonnée tonifiante, parfois éprouvante.

Ici et là, des villages de poche égaient le décor. Fondé par le Normand Jean de Béthencourt en 1402 et considéré comme la « capitale historique » des Canaries, celui de Betancuria a gardé son charme intact, avec ses blanches maisonnettes cachées dans une palmeraie et son église Santa Maria. On y prend le frais avant de goûter le chevreau, la spécialité de la ferme Casa Santa Maria, transformée en restaurant. Attention, son patio verdoyant invite à la paresse ! On s’y délecte des fameux fromages de chèvre majorero, frais, fumé ou poudré de paprika. L’histoire agricole de Fuerteventura perdure également dans les salines de Carmen, où l’océan dépose sa ration quotidienne de sel, et dans les moulins à vent. Certaines de ces sentinelles de pierres fabriquent toujours le gofio, une farine consommée autrefois avec de l’eau ou du lait et désormais utilisée pour réaliser des desserts.

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