L’amour, plus on en parle, mieux on le fait !

Claire Boulhac

Évoquer franco sa sexualité peut faire un bien fou et surtout booster nos ébats. À condition de trouver les bons mots et les bons interlocuteurs. Vous avez la parole…

Depuis toujours, il y a de la noblesse à disserter autour du sentiment amoureux, une source d’inspiration quasi inépuisable pour les poètes et les romanciers. Mais discuter des « choses du sexe » a très longtemps relevé de l’indécence ! Ne nous resterait-il pas quelques petites traces de cette inhibition langagière d’antan et certaines difficultés à nous exprimer sur le sujet ? Sans doute, et c’est bien dommage. Car aborder la question permet bien souvent d’améliorer sa vie sexuelle. Reste à trouver le bon entendeur…

Avec notre homme, on met les choses au point
Le langage étant le propre de l’être humain, rien de tel que les mots pour faire comprendre clairement à notre amoureux ce dont nous aurions envie. Au fil du temps, nos désirs et nos besoins évoluent, et notre homme ne peut pas forcément le deviner tout seul ! « Pour que cette verbalisation autour de la sexualité soit bénéfique, il faut bien clarifier nos intentions avant de nous lancer », prévient Nathalie Giraud Desforges*, sexothérapeute. « Si notre intention est de débiter des reproches à l’autre ou de l’accuser de mal s’y prendre, la démarche sera contre-productive. Si, en revanche, notre intention est d’avancer des propositions et de trouver des solutions, la relation ne pourra que s’en trouver améliorée », poursuit-elle. La spécialiste nous suggère un mode d’emploi du « bien-parler ». On part de soi, de son ressenti (cela me plairait que tu me caresses à tel endroit) et non des actes de l’autre (quand tu fais ça, ce n’est pas agréable). On s’implique en suggérant des pistes précises, si besoin en utilisant une métaphore (tu pourrais faire comme si tu me passais une plume partout sur le corps).

Avec nos copines, on se lâche
Si certaines de nos amies adorent les conversations coquines, fréquentons-les assidûment ! Surtout si elles n’ont pas froid aux oreilles et ne s’offusquent pas de nous entendre parler de nos fantasmes ou un peu crûment. Très souvent, cette liberté que l’on s’autorise dans le discours peut conduire à des déblocages, à amener à plus de liberté dans les actes. « Quand la langue se délie, l’esprit s’échauffe et le corps avec lui ! Mettre sa sexualité en mots ouvre l’appétit et stimule le désir. Inspirons-nous des femmes qui, dans l’Antiquité, s’échangeaient avec gourmandise leurs « recettes » érotiques au sein du gynécée », encourage la sexothérapeute. « Attention cependant à choisir les bonnes amies. Celles dont on sait qu’elles resteront discrètes et ne trahiront pas notre intimité. Imposons-nous aussi certaines limites pour ne pas aller trop loin dans des confidences qui ne concernent pas que nous mais aussi notre partenaire. C’est une question de respect pour lui », insiste-t-elle.

Avec un spécialiste, on règle les problèmes
Consulter un sexologue ou un sexothérapeute, moi, mais quelle idée absurde ! Pas tant que ça… Oser une thérapie avec un professionnel de la sexualité peut aider à mieux s’épanouir au lit. « À travers un dialogue avec ce professionnel qui est tenu au secret, qui accueille l’intimité de ses patients avec bienveillance et sans jamais de jugement, on peut comprendre la source de tel ou tel blocage, les raisons de telle insatisfaction », explique Nathalie Giraud Desforges. Il n’est pas question de s’embarquer pour dix ans sur un divan mais de bénéficier de conseils très pratiques. « Au-delà des mots, la thérapie peut prendre la forme d’un coaching, avec des suggestions, des choses précises à essayer », décrit-elle.

Avec les enfants, motus et bouche cousue
« Tu sais, ton père et moi, après toutes ces années, on adore toujours faire l’amour ensemble. » Si nous sentons que nous pourrions échanger sur ce registre avec nos enfants, alerte rouge ! Ils sont LES interlocuteurs à ne jamais choisir pour parler de nos ébats. « Penser que discuter sexualité avec nos petits devenus de jeunes adultes pourrait resserrer les liens et recréer de l’intimité avec eux est une grossière erreur. Quel que soit leur âge, ils ne veulent rien savoir de la sexualité de leurs parents, cela les met profondément mal à l’aise », explique la spécialiste. Certains tabous ne sont pas faits pour être levés, souvenons-nous-en.

* Auteure de la TED conférence « Nous ne sommes jamais uniquement deux sous la couette », à écouter sur son site nathalie-giraud.fr

Lire aussi : Et si on arrêtait de faire l’amour en silence ?

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