Pourquoi le ménage nous fait du bien

Plainpicture / Lubitz + Dorner

On râle, on peste, on honnit aspirateur et autres balais asservissants. Et pourtant, il faut se rendre à l’évidence : même si on ne nie pas les enjeux féministes liés au sujet, nous sommes nombreuses à aimer faire le ménage. Pour 48 % des femmes il serait une des corvées les plus plaisantes. La répétition des gestes, le plaisir de la tâche accomplie, la joie de se dépasser pour les autres participent à une forme de réalisation.

Un festival d’endorphines
D’après une étude publiée dans le British Journal of Sport Medicine, vingt minutes de ménage énergique par jour permettraient de réduire stress et dépression… En effet, en nous activant, nous libérons des endorphines, les miraculeuses hormones du bien-être. Mieux : cette activité physique répétée stimule nos articulations, fortifie notre cœur et allège notre ligne. Et ce n’est pas tout : des études IRM menées sur une centaine de volontaires ont montré que, pratiqués plus de dix jours de suite, ces gestes étaient intégrés comme des rituels associés par le cerveau aux zones de récompense et de plaisir. En clair, quand on a fini, on a (presque) envie de recommencer…
La satisfaction du travail accompli ? Sans doute. Et plus encore celle d’avoir relevé un petit challenge physique et surtout… mental. « Notre intérieur est une photographie de notre inconscient, explique le psychiatre et psychanalyste Alberto Eiguer. Nettoyer, ordonner son lieu de vie, c’est faire de même avec son âme. Le ménage est une forme de méditation en mouvement : on ne fait qu’un avec sa tâche. Les pensées vont, viennent, mais on les laisse filer. » En outre, beaucoup de cultures voient aussi le ménage comme un rituel purificateur : ainsi, les orthodoxes, qui nettoient leur maison avant Pâques, ou les juifs, qui vident placards et buffets pour Pessah. En Chine et au Japon, les cérémonies ont lieu pour la nouvelle année. En clair, récurer pour mieux redémarrer.

« Om » sweet home
« Dis-moi comment tu vas, je te dirai à quoi ressemble ton intérieur », affirme Alberto Eiguer. Un sweet home désordonné est souvent le signe d’une période compliquée dans son existence et peut même traduire un manque d’intérêt pour sa propre personne. « À l’inverse, épousseter, trier, jeter, annoncent que l’on est prêt à passer un cap, à s’ouvrir à l’avenir. » Une étude menée en 2012 au département de psychologie de Madrid montrait ainsi que 88 % des patients dépressifs (re)faisaient le ménage dans les premières semaines de guérison. Une forme de thérapie douce, qu’ils vivaient à leur rythme, sans contraintes extérieures, en écoutant de la musique… Mais c’est aussi pour tout un chacun une manière de reprendre le contrôle sur son existence. « Nous n’avons jamais autant bichonné notre intérieur qu’en ces périodes de crises et d’incertitudes, affirme Dominique Loreau, auteure de Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi (éd. Poche Marabout). Si nous n’avons pas de pouvoir sur les éléments extérieurs, nous en avons au moins sur celui-là ! »

Plus cérébral qu’il n’y paraît
Il s’agirait de ne pas perdre le fil. Car cette activité est beaucoup plus cérébrale qu’on le croit. D’abord, elle nous apprend à hiérarchiser : par où commencer, quelle est la priorité ? Ensuite, elle nous oblige à repenser l’organisation de notre intérieur et donc à faire preuve de créativité. Aujourd’hui, nombre de neuropsychiatres enjoignent leurs patients atteints de troubles de la concentration ou de la mémoire à jouer du chiffon. « En dépoussiérant, on manipule des objets rapportés de voyage, offerts ou qui nous tiennent à cœur », relève Dominique Loreau. Un moyen de raviver les souvenirs et les émotions qui y sont associées, peut-être plus efficace encore que feuilleter un album photo.

Faire l’amour et la poussière
Oubliez musique sirupeuse et dîner aux chandelles : une libido au top passe par un bon coup de serpillière… en amoureux. En effet, selon une étude canadienne, les couples dans lesquels l’homme participe aux tâches ménagères ont une vie sexuelle beaucoup plus épanouie. En étudiant 1 338 duos pendant cinq ans, les chercheurs de l’université d’Alberta ont montré que le nombre de galipettes était sensiblement proportionnel à l’implication du mâle dans les corvées domestiques. Le must ? Lorsque l’on frôle le cinquante-cinquante. « Plus le compagnon participe au quotidien, plus les femmes jugent qu’il est un bon amant », analyse Matt Jonhson, l’un des chercheurs. À bon entendeur…

Un acte de résistance
Bien sûr, mettre la main à l’ouvrage plutôt que de payer une personne pour s’en occuper permet de faire de substantielles économies. Mais pas seulement. Une étude menée par l’université de San Francisco souligne que 63 % des femmes et des hommes qui font le ménage plus de deux fois par semaine chez eux dépensent chaque année 125 dollars de moins que les autres en achat d’objets divers. « Plus on trie, range, nettoie régulièrement et moins l’on a envie d’acheter, explique la psychologue américaine Sherrie Bourg Carter. On sait ce que l’on a chez soi et, surtout, on se rend compte de l’inutilité d’accumuler pour nettoyer à nouveau ou jeter une nouvelle fois ! » S’adonner aux tâches ménagères serait contre toute attente un acte de résistance : l’occasion de tourner le dos à nos modes de vie consuméristes.

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