S’y retrouver dans la jungle des labels

Eric Meurice

Mon poulet fermier est-il vraiment fermier ? Par qui a été distinguée la Saveur de l’année ? AB, c’est bio pour de bon ? Qui ne s’est jamais gratté la tête devant les étiquettes « labellisantes », toujours plus nombreuses, qui décorent les produits alimentaires comme les médailles la poitrine d’un général ? Il y a de quoi s’y perdre. Et avec toutes ces histoires de viande de cheval dans les lasagnes, de saumon aux métaux lourds et de pesticides dans les fruits et légumes, le contenu de nos assiettes est devenu un sujet toujours plus préoccupant.
Les labels sont censés nous éclairer sur la qualité et l’origine des produits. Reste à séparer le bon grain de l’ivraie. Car si quelques-uns sont des garanties officielles, d’autres ne sont que du pur marketing pour augmenter les ventes. « Il faut être vraiment attentif, confirme Célia Pot­devin, de l’Association nationale de défense des consommateurs CLCV. Les arna­ques les plus fréquentes portent sur l’origine des produits. Les consommateurs l’asso­cient souvent à la qualité. Mais attention, elle n’est pas forcément synonyme de proximité. Pour ne pas devenir chèvre, suivez le guide !

Indications de traçabilité : on s’y fie les yeux fermés

  • L’AOC (appellation d’origine contrôlée) et sa déclinaison européenne l’AOP (appellation d’origine protégée) certifient une technique de ­fabrication et une zone géographi­que précise, qui font la typicité du produit. L’aspect gustatif n’entre pas en ligne de compte. En France, 366 vins, 50 produits laitiers (dont 46 fromages) et 44 produits agroalimentaires sont concernés.
  • Moins exigeante que l’AOC, l’IGP ­(indication géographique protégée) atteste le lien entre le produit et son terroir. Seule son élaboration finale doit être réalisée selon des conditions bien déterminées.
  • Le label Produit de montagne garantit que les matières premières et les aliments des animaux d’élevage proviennent essentiellement de zones de montagne et, pour les produits transformés, que leur élaboration y a également lieu. La mention Produits pays est quant à elle réservée aux denrées alimentaires (sauf les vins et spiritueux) issues des départements d’outre-mer.
  • Si le logo Viandes de France existe pour le bœuf et le veau depuis 1996, il s’applique désormais au porc, au mouton, à l’agneau, au lapin, à la chèvre, à la volaille et au cheval. Il indique que tous les animaux sont nés, ont été élevés, abattus, découpés et transformés dans l’Hexagone.
  • Lancée en 2011 par l’association Pro France, Origine France garantie assure que l’extraction, la récolte et la croissance intégrale des végétaux se sont déroulées sur le territoire français et que les animaux y sont nés, élevés et abattus. Ou que l’ingrédient principal d’un produit transformé est d’origine française. Cette marque s’appuie sur un cahier des charges rigoureux mais elle est encore peu diffusée.

Mentions qualité : faire savoir le savoir-faire

  • La STG (spécificité traditionnelle ­garantie) protège une composition ou un mode de fabrication définis comme traditionnels. Elle ne s’intéresse pas aux ingrédients mais uniquement au savoir-faire.
  • Le Label rouge est un des labels les plus célèbres. Il est garant de l’adhésion du producteur à des règles contraignantes qui permettent de donner à son produit des qualités supérieures. Le Label rouge n’est cependant pas un gage de qualité sanitaire, notamment bactériologique. Il peut bénéficier en même temps d’une IGP ou d’une STG, mais pas d’une AOC/AOP. Il existe environ 500 produits sous ce label : charcuteries, viandes, saumon, lait et même plantes (ail, melon…).

Il n’existe pas de définition réglementaire applicable à tous les produits fermiers : les conditions d’utili­sation de cette mention varient pour tenir compte des spécificités. Elle fait par exemple référence à une densité d’animaux et à l’âge d’abattage pour les volailles ; ou à la fabrication selon des techniques traditionnelles, par « un producteur agricole ne traitan­t que les laits de sa propre exploitatio­n sur le lieu même de celle-ci », pour les fromages.

Étiquettes éthiques : pour une responsabilité partagée

  • La marque AB (agriculture biologique) est l’une des plus intraitables. Au moins 95 % des ingrédients sont d’origine bio, le reste étant composé de denrées non disponibles en quantités suffisantes en bio. Pesticides, engrais chimiques et OGM sont interdits et les contrôles sont sévères.
  • Label international de commerce équitable, Fairtrade/Max Havelaar garantit un prix d’achat correct aux exploitants ainsi qu’un mode de production respectueux des droits de l’Homme et de l’environnement.
  • Né d’un partenariat entre WWF et Unilever, MSC pêche durable (marine stewardship council, en français, conseil pour la bonne gestion des mers) figure surtout sur les emballages des poissons surgelés et des plats cuisinés à base de poisson. Il distingue les pêcheries à la gestion et aux prati­ques écologiquement responsables.

Promesses fantaisistes : méfiez-vous des contrefaçons

  • Reconnu saveur de l’année ou Élu produit de l’année ne sont que des logos de sociétés privées qui soumettent, moyennant finances, des articles ­sélectionnés à un panel de consommateurs. Ces signes autoproclamés n’apportent aucune information pertinente sur la qualité du produit. Ce n’est que du marketing !
  • Bleu blanc cœur est une marque privée que l’on retrouve sur des produits issus de la filière lin. Si cette mention laisse entendre un effet ­positif sur la santé cardio-vasculaire, grâce aux oméga-3 contenus dans le lin, les bénéfices pour la santé de certains produits (charcuterie, fromages gras…) demeurent douteux.
  • Origine & Qualité chez Carrefour ou ­Engagement qualité et Approuvé conso responsable chez E.Leclerc sont des mentions imaginées par ces enseignes. Elles n’ont aucune valeur légale. L’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) s’est attaqué en 2014 à Carrefour. L’objet du litige : un autocollant qui reprenait les termes « origine » et « qualité », comme si l’enseigne pouvait se permettre de délivrer elle-même des certificats d’origine et de con­trôle. Sous la pression, Carrefour a dû retirer ce marquage et revenir à la mention Filière qualité… qui ne veut pas dire grand-chose.

Lire aussi 5 astuces pour faire le plein de bons de réduction

Publié le dans Conso futée

Sur le même thème

Des blondes dans le vent

Boire de la bière n’a jamais été aussi tendance… Un Israélien de 52 ans a mis au point une blonde sans gluten, réalisée à partir de pois chiches et de dattes.[...]