Tourisme participatif, on se lance ?

Joern Rynio / Plainpicture

Accompagner des étrangers de passage, faire appel aux habitants pour découvrir une destination inconnue, cette nouvelle forme de tourisme participatif est en pleine explosion.

Nadia a fixé le rendez-vous sur le Vieux-Port, en bas de la Canebière. Ce jour-là, elle va se promener dans le centre-ville de Marseille avec une famille d’Américains originaire du New Jersey, Philip, le père, Suzy, la grand-mère, Opal et Saul (10 et 6 ans). Pour explorer la ville, ces croisiéristes, qui font escale une seule journée, ont préféré déambuler avec une habitante plutôt que de se joindre à un tour organisé. Sous l’Ombrière de l’architecte Norman Foster, inaugurée en 2013, Nadia les balade du Vieux-Port, en passant pas le Jardin des Vestiges ou encore les ruelles du Panier.

Des circuits sur mesure qui font mentir les clichés
Depuis une dizaine d’années, les rencontres éphémères entre un hôte bénévole et un voyageur de passage se multiplient. Cette forme de tourisme participatif est née en 1992, à New York, sous l’impulsion de Lynn Brooks, qui désirait démentir la réputation violente de sa ville. Avec l’aide d’amis, elle propose des promenades insolites aux curieux désireux de connaître un autre visage de « Big Apple ». Depuis, cette aspiration à « visiter autrement » a essaimé sur les cinq continents. Le mouvement porte même un nom : le « greeting », de l’anglais greet qui signifie « accueillir ». Grâce à Internet, un réseau mondial de bénévoles s’est structuré, le Global Greeter Network. La France y est particulièrement bien représentée avec 1 300 membres et 49 destinations à la carte : Paris, Lyon, Grenoble, des localités plus petites, comme Salon-de-Provence, ou encore des villages dans la Marne ou la vallée de la Lys.

Faire appel à des habitants, c’est la garantie de sortir des sentiers battus et la promesse de voyager au-delà des clichés. Qui sait que Léo Ferré est originaire de Monaco et que la Principauté abrite des usines ? « Beaucoup pensent que nous possédons tous deux Ferrari et que nous sortons au Casino tous les week-ends. Mais de nombreux Monégasques vivent dans des logements sociaux », souligne Gabrielle, exaspérée par les stéréotypes « bling-bling » qui collent au Rocher. Pour y faire face, elle et son mari, Monégasques fiers de leur origine, marchent de longues heures en compagnie des étrangers.

À Coquelle, un village du Calaisis où se trouve l’entrée du tunnel sous la Manche, Anne, 64 ans, apprécie de bousculer les préjugés. « La région souffre d’une image négative. Pourtant, il y a énormément à voir, la nature est magnifique. En cinq ans, j’ai rencontré des Polonais, des Russes, des Argentins, des Chinois, des Suisses… Il y a même un couple d’Allemands qui revient d’année en année. » En rejoignant les greeters, Anne a découvert une « communauté ouverte », disséminée aux quatre coins de la planète, à qui elle fait désormais appel lorsqu’elle voyage. L’échange est au cœur du tourisme collaboratif et explique en partie son essor depuis deux décennies.

A l’assaut des trésors (et de la convivialité !) oubliés
Dans le village du Mesnil-sur-Oger en Champagne, Brigitte, 62 ans, a mobilisé de nombreux concitoyens pour préparer ses visites. « Je suis allée recueillir le témoignage des anciens, certains m’ont prêté des cartes postales, ça nous a rapprochés, témoigne cette retraitée d’une coopérative viticole. J’ai le contact facile, je me considère comme une passeuse entre ceux qui ont les informations et ceux qui veulent apprendre. »

Nul besoin toutefois de rejoindre une organisation pour proposer des balades commentées aux amateurs. Jean-Louis Marrou, Parisien retraité de 65 ans, féru d’histoire et fin connaisseur de la butte Montmartre, a d’abord emmené des amis à l’assaut du passé antique et communard de la colline. Puis les amis en ont parlé aux amis, et les amis d’amis à leurs amis. Désormais, de septembre à novembre et de mars à juin, des groupes d’aficionados le rejoignent pour des journées sur les traces de Voltaire, d’Étienne Marcel ou de Le Nôtre. « Les questions qu’on me pose me poussent à aller toujours plus loin dans mes recherches. C’est un échange permanent et très enrichissant. »

Se faire balader…
Renseignez-vous à l’office du tourisme ou sur Internet. Chaque organisation de greeters possède son propre site. La plateforme greeters.online recense tous les groupes en France et enregistre les réservations. À l’étranger, rendez-vous sur globalgreeternetwork.info. Il existe aussi des initiatives locales indépendantes. Pour participer à une sortie avec Jean-Louis Marrou, rendez-vous sur son site www.cvld.fr. À Paris, une jeune association baptisée Ciwy pour « Can I Welcome You ? » rassemble des étudiants et des seniors désireux de (bien) accueillir les visiteurs. Au menu, des promenades, mais aussi des « Welcome Parties » au café tous les mercredis soirs ou des pique-niques sur les quais. Toutes les informations sur le site caniwelcomeyou.org

… ou balader les autres ?
Si un groupe de bénévoles existe près de chez vous, contactez-le et demandez à participer. Dans le cas contraire, créez votre organisation… Vous pouvez vous lancer seul ou contacter la Fédération France Greeter (sur le site greeters.online), des membres vous aideront. Commencez par constituer un noyau de personnes motivées. Choisissez de préference des communicants, des énergiques et des enthousiastes, il s’agit de bénévolat ! La Fédération vous aidera à bâtir un site Internet, à installer le logiciel de réservation, et vous demandera de signer une charte. Réfléchissez vite à vos premières balades, elles ne tarderont pas !

Quatre raisons de devenir “greeter” :

  • Vous avez un goût pour l’engagement bénévole et êtes prêt à donner de votre temps.
  • Vous aimez transmettre vos passions et vous vous sentez à l’aise à l’oral.
  • Vous adorez votre région, votre ville ou votre quartier et avez envie de partager vos connaissances.
  • Vous aimez le contact et recherchez les rencontres.

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